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    La mise en scène de «Visage de feu» dessert l’oeuvre

    2 octobre 2017 | Christian Saint-Pierre - Collaborateur | Théâtre
    Dans «Visage de feu», Marie Fannie Guay interprète Olga.
    Photo: Michel Emery Dans «Visage de feu», Marie Fannie Guay interprète Olga.

    On se rend généralement dans la salle intime du Théâtre Prospero pour découvrir de jeunes metteurs en scène. En entrant dans ce lieu exigu, l’un des rares qui permettent à des artistes sur la ligne de départ de se consacrer à l’expérimentation, on s’attend à tout. Malheureusement, la première mise en scène de Laurence Castonguay Emery offre peu de raisons de s’enthousiasmer.

     

    Avec Visage de feu, Theodor Cristian Popescu avait donné naissance à un spectacle sobre et percutant. C’était en 2005, dans la grande salle du même théâtre. Sous la houlette de Castonguay Emery, férue de jeu corporel, la pièce de l’Allemand Marius von Mayenburg sert davantage de prétexte à l’élaboration d’un vocabulaire gestuel. La représentation, qui s’apparente à un exercice scolaire, dans le sens où elle cherche à démontrer une thèse, à exposer une approche, souffre de graves lacunes.

     

    Écrite peu de temps après la chute du mur de Berlin, la pièce exprime en une multitude de courtes scènes le choc entre l’ancien et le nouveau, entre les parents et les enfants, entre le communisme et le capitalisme. Pour Kurt et Olga, frère et soeur en pleine puberté, trouver sa place dans ce monde qui bascule n’est pas de tout repos. Alors que le jeune homme est obnubilé par le feu, ou plus précisément par le spectaculaire pouvoir de destruction des explosifs artisanaux, la jeune femme explore d’autres réactions chimiques pour le moins détonantes, celles de la séduction.

     

    Plusieurs aspects de la mise en scène laissent perplexe. Pourquoi a-t-on réduit les parents à des voix préenregistrées, celles de Nathalie Claude et de Stéphane Crête ? Pourquoi a-t-on supprimé le personnage du motard, source de tant de discorde entre le frère et la soeur ? Fallait-il vraiment faire de Kurt un DJ qui canalise sa rage en remixant la musique du Roi lion ? Était-il nécessaire, pour symboliser le passage de l’enfance à l’âge adulte, de massacrer de gigantesques animaux en peluche ? Quel est l’apport de cette salle de bain attenante à la scène ?

     

    Là où le bât blesse encore plus sérieusement, c’est dans le jeu. Marie Fannie Guay et Solo Fugère exécutent moult culbutes, mais rien dans leur interprétation, dans leur manière de proférer le texte, ne précise les intentions, ne laisse deviner la charge intime et politique qui se cache sous la partition elliptique de von Mayenburg. Quel dommage de dépenser autant d’énergie pour contourner l’essentiel, pour transformer une vaste crise existentielle en une passagère crise d’adolescence.

    Visage de feu
    Texte : Marius von Mayenburg. Traduction : Mark Blezinger, Laurent Muhleisen et Gildas Milin. Adaptation : Guillaume Corbeil. Mise en scène : Laurence Castonguay Emery. Une production de Territoire 80. Dans la salle intime du Théâtre Prospero jusqu’au 14 octobre.












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