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    Critique théâtre

    «La Cour suprême»: ode à la dérision

    26 septembre 2017 | Simon Lambert - Collaborateur à Québec | Théâtre
    Ils s’appellent Wannabe, Douchebag et Lacharrue: trois monstres difformes aux corps verruqueux.
    Photo: Cath Langlois photographe Ils s’appellent Wannabe, Douchebag et Lacharrue: trois monstres difformes aux corps verruqueux.

    Ce qu’il y a de bien avec Premier Acte, pour paraphraser un célèbre pêcheur de crevettes, c’est qu’on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Ce constat se vérifie particulièrement bien avec La Cour suprême, du collectif Hommeries !

     

    Ils s’appellent Wannabe (François-Guillaume Leblanc), Douchebag (Paul Fruteau de Laclos) et Lacharrue (Valérie Boutin) : trois monstres difformes aux corps verruqueux qui président à un approximatif procès de la « Cour susperme du Canada ». La livrée est grasse, ouvertement grossière, le ton est donné.

     

    Au coeur du procès : une offense contre le « Rein d’Angleterre ». Ce crime de lèse-majesté servira de cadre aux frasques des trois bouffons jouant les différents acteurs du procès, multipliant les cabotinages. Leblanc déploie une gestuelle riche et Fruteau de Laclos incarne la brute de service, tandis que Boutin trouve une aisance remarquable dans ses différentes compositions.

     

    La mise en scène de Nicola Boulanger s’offre plusieurs espaces de liberté, entre décrochages et sortie de salle, appels au public, au milieu d’une scénographie dont les costumes restent l’élément marquant : leur laideur organique devient bien vite la caution d’une licence prise par les comédiens. Devant la suite de leurs plaidoyers et les témoignages d’experts, le public fera office de jury, dans une composition plutôt lâche qui se donne pour but de critiquer nos travers contemporains.

     

    Le plaisir du corps

     

    L’aspect critique du spectacle est pourtant à relativiser. Au tribunal se succèdent les témoins, autant d’occasions d’écorcher tour à tour le cirque médiatique, la science auréolée, la techno, le sexe bas… Ces critiques passent toutefois rapidement ; restent surtout des images offertes au public, qui réagira en fonction de ses propres sensibilités en laissant passer ce qui résonne le mieux en lui. Une ouverture qui, paradoxalement, ne va pas sans une certaine complaisance.

     

    La fin cherchera certes des images plus appuyées, mais plus lourdes aussi, alors que le trio attaque frontalement notre rapport au virtuel et à l’image, à ce monde parallèle où nous nous sommes dématérialisés.

     

    Cette idée de la matérialité, par ailleurs, donne le point focal du spectacle, en même temps que son intérêt. Par-delà le caractère déjanté et la dérision parfois jouissive, reste une expérience tournée vers le corps. La construction initiale, notamment, qui campait les personnages à coups de mimiques et de gestuelle, était fort efficace. L’équipe, dans une bonne mesure, a misé sur une construction qui délaisse les mots, et on sort reconnaissant de pareille proposition : de ce pari qu’ont pris les créateurs, dans une époque verbeuse, d’en passer par le corps.

    La Cour suprême
    Texte et interprétation : François-Guillaume Leblanc, Paul Fruteau de Laclos et Valérie Boutin. Mise en scène : Nicola Boulanger. Scénographie : Nathalie Côté. Une production du Théâtre Biscornu. À Premier Acte jusqu’au 30 septembre.












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