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    Idées

    Les artistes du théâtre en anglais sont-ils de vrais Québécois?

    12 septembre 2017 | Guy Sprung - Directeur artistique, Infinithéâtre | Théâtre
    «Pour nous, le français est un peu comme la grande muraille de Chine qui empêche les barbares qui nous entourent d’entrer», écrit Guy Sprung.
    Photo: Steve Debenport Getty Images «Pour nous, le français est un peu comme la grande muraille de Chine qui empêche les barbares qui nous entourent d’entrer», écrit Guy Sprung.

    Le Devoir et La Presse ont publié leur « rentrée culturelle » cet automne sans aucune mention d’une seule production du théâtre en anglais au Québec. Jeu, l’excellente revue de théâtre québécois, dans le numéro 162 de mai dernier intitulé : « Le répertoire québécois ? », ne mentionne aucun auteur ou aucune production de théâtre québécois de langue anglaise. Le théâtre en anglais au Québec n’est-il pas considéré comme suffisamment « culturel » ? Ne sommes-nous pas des Québécois ?

     

    Quebec Drama Federation (QDF), une organisation modeste, mais indispensable à la survie du théâtre en anglais au Québec, compte 19 compagnies professionnelles bien établies et 66 sociétés semi-professionnelles indépendantes. Mais outre la grande quantité de productions, c’est l’originalité, la diversité et, le plus important, la qualité de notre théâtre qui surprendrait l’ensemble du Québec si seulement on connaissait notre existence.

     

    Malheureusement, l’isolement linguistique nous rend invisibles aux francophones du Québec et ignorés par nos collègues du théâtre dans la langue de Molière. Nous sommes nés ici, ou avons vécu ici la vaste majorité de nos vies et nous avons choisi Montréal au détriment de Toronto ou des États-Unis parce c’est notre chez-nous, et nous aimons mieux la qualité de vie d’ici à une carrière plus lucrative hors Québec. Oui, la majorité des travailleurs du théâtre en anglais s’identifient plus à Montréal qu’au Québec, mais la plupart d’entre nous sont férocement fiers de contribuer à la société québécoise. La plupart d’entre nous parlent français et appuient la défense de la langue française et de la loi 101 parce que nous savons combien la protection de la langue française est nécessaire pour protéger l’identité unique du Québec. Aussi, pour nous, le français est un peu comme la grande muraille de Chine qui empêche les barbares qui nous entourent d’entrer. Certains d’entre nous, comme moi, ont même rêvé d’un Québec indépendant qui, dans l’esprit de René Lévesque, célébrait la diversité, et « les autres » et les accueillait dans le « Projet québécois »,

     

    Infinithéâtre, par exemple, se démarque comme « Le Théâtre québécois in English ». Nous produisons uniquement des pièces d’auteurs québécois contemporains. Combien de compagnies de théâtre professionnelles en français au Québec osent en faire autant ? De plus, un grand nombre de concepteurs (décors, costumes, éclairage) avec qui nous travaillons proviennent du milieu francophone. Les répétitions se déroulent souvent dans les deux langues, même notre scénographe en résidence chez Infinithéâtre est française.

     

    L’argent comme métaphore

     

    C’est justement une de nos plus grandes forces de profiter de la diversité des compagnies de théâtre et des artistes qui travaillent en anglais au Québec. Mais nous sommes encore pour plusieurs « les Anglos », une appellation que beaucoup d’entre nous rejettent avec acharnement, qui fait référence à l’ancienne classe dominante anglo-saxonne protestante de Westmount, plutôt qu’à la réalité d’aujourd’hui.

     

    Malheureusement, l’argent dans notre société est une métaphore de notre système de valeurs : le TNM, considéré par certains comme notre théâtre national, est fièrement teinté d’une esthétique européenne, d’un théâtre plus blanc que blanc, capable, tel qu’Olivier Choinière l’avait mentionné dans sa lettre publiée dans Le Devoir du 14 mai dernier, de monter une production comme La bonne âme du Se-Tchouan. de Bertolt Brecht, avec une distribution de 18 acteurs et pas un seul artiste non blanc sur scène. Par opposition, le théâtre Teesri Duniya (« Tiers monde » en hindi) qui produit depuis plus de 35 ans au Québec, principalement en anglais, dirigé par un Montréalais asiatique, présente un théâtre qui reflète les gens dans les rues et le métro de Montréal, le vrai nouveau monde du Québec, un public qui paye ses impôts aussi, mais qui ne franchira jamais le seuil de la porte du TNM. Eh bien, le CALQ vient de les informer qu’ils ne recevront plus un sou en subvention de fonctionnement pour leurs productions. Le TNM, par contre, recevra 1,5 million de dollars par année pour les quatre prochaines années. Y a-t-il quelque chose qui ne va pas ici ?

     

    Que faut-il faire pour être accepté comme Québécois ? Dans une société où des membres d’une minorité meurent tragiquement dans leur lieu de culte, n’est-il pas possible que le théâtre joue un rôle d’une certaine importance pour réconcilier les diverses solitudes qui forment notre société québécoise ? Et pourquoi cela ne profiterait-il pas à la société québécoise dans son ensemble ?

     

    Par ailleurs, la QDF, l’organisation mentionnée précédemment qui favorise le théâtre de langue anglaise au Québec, vient d’être informée que le CALQ lui retire son soutien financier. Pendant ce temps, l’Association québécoise des marionnettistes recevra 26 250 $ par année pour les quatre prochaines années. Sommes-nous moins importants que des marionnettes pour la société québécoise ?













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