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    De l’irrévérence comme outil de résilience à Dramaturgies en dialogue

    22 août 2017 |Marie Labrecque | Théâtre
    Les personnages des textes sélectionnés pour le festival présentent «des figures résilientes qui ne se sentent pas coincées par la situation difficile, mais qui trouvent des stratégies ludiques, intelligentes, pour faire face aux défis», avance Emmanuelle Sirois.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Les personnages des textes sélectionnés pour le festival présentent «des figures résilientes qui ne se sentent pas coincées par la situation difficile, mais qui trouvent des stratégies ludiques, intelligentes, pour faire face aux défis», avance Emmanuelle Sirois.

    Crises migratoires, guerre autour du pétrole, catastrophe climatique… Les textes sélectionnés cette année par Dramaturgies en dialogue nous projettent dans des contextes a priori bien sombres. Mais d’une manière qui est tout sauf défaitiste. S’il y a une ligne directrice qui émerge de cette neuvième édition du festival de lectures publiques produit par le Centre des auteurs dramatiques (CEAD), c’est l’esprit du « détournement et du jeu », résume Emmanuelle Sirois, conseillère artistique aux projets internationaux au CEAD.

     

    Cette propension au détour serait perceptible tant dans le processus dramaturgique des auteurs que dans les échanges entre leurs personnages. « Ces personnages font face à des crises mondiales, donc à des situations catastrophiques, voire dystopiques, et pourtant les oeuvres ne sont pas anxieuses. Ce sont des figures résilientes qui ne se sentent pas coincées par la situation difficile, mais qui trouvent des stratégies ludiques, intelligentes, pour faire face aux défis. » Ils font preuve d’un optimisme « amputé de sa dimension naïve ». Et d’une certaine irrévérence. La jeune conseillère renvoie à l’essai Les luttes fécondes, dans lequel Catherine Dorion parle de « l’importance de cette irrévérence afin d’appréhender l’inattendu avec une forme de résilience ».

     

    Le corpus 2017 dévoile par ailleurs des textes « très forts. » Dont cinq pièces québécoises inédites, signées par Pascale Rafie, Dany Boudreault, Benjamin Pradet, Martin Bellemare et André Gélineau.

     

    Scène américaine

     

    L’esprit du détournement est présent aussi dans les deux pièces très récentes du pays invité cette année : les États-Unis. Vu le contexte politique depuis l’accession de Donald Trump au pouvoir, les organisateurs de Dramaturgies en dialogue se sont demandé s’il fallait choisir une autre dramaturgie à mettre en lumière. Mais ce qui est à l’honneur ici, ce n’est pas le pays de l’Oncle Sam ; plutôt des dramaturges qui « détournent l’actualité politique pour la réinvestir dans d’autres sphères ».« C’était plutôt un pied de nez, une façon de dire que les artistes ne sont pas les porte-parole de leur gouvernement. En fait, ils sont souvent en porte-à-faux. »

     

    Dans le texte « fascinant » de la New-Yorkaise Caridad Svich (créatrice d’une quarantaine de pièces !) transparaît ainsi, en toile de fond, « une conscience aiguë d’événements très problématiques actuels, comme si l’auteure les avait vus venir. »Gertie et Alice à la mer (tu es pour moi) met en vedette le célèbre couple Gertrude Stein et Alice B. Toklas.

     

    Dans Captifs, le dramaturge primé Christopher Chen traite d’appropriation culturelle et de la « fétichisation » de données identitaires, à travers « l’histoire d’un artiste qui décide de s’inventer un passé de prisonnier politique en Chine, afin de percer le milieu de l’art »

     

    Oubliez le réalisme du théâtre américain traditionnel, caractéristique de Broadway et d’Off-Broadway. Notre voisin du Sud offre « tellement de milieux artistiques différents, rappelle Emmanuelle Sirois. L’écriture contemporaine y est absolument foisonnante. »

     

    Une « conversation performative »

     

    Entre autres activités, Dramaturgies en dialogue inaugure cette année l’atelier public Émergences théâtrales autochtones. Et le 30 août, l’événement se conclut par une première ici : la « conversation perfomative » La Fabrique du commun MTL. Quid ? À partir des oeuvres et de l’ensemble du Festival, deux membres du collectif berlinois Kom.post mettront en place une discussion en sous-groupes entre une centaine d’interlocuteurs, qui sera ensuite « spectacularisée », explique la conseillère du CEAD. Camille Louis et Emmanuelle Nizou feront un travail dramaturgique en direct afin de relayer une mise en commun des échanges. Les spectateurs désirant participer à cette réflexion collective peuvent s’inscrire au Théâtre d’Aujourd’hui.

     

    « On avait envie de souligner le fait que notre événement, ce n’est pas seulement des lectures. C’est un festival, un moment extraordinaire, et la conversation autour des pièces en est souvent le coeur. »

    Quelques suggestions Schefferville pendant l’extinction de la race blanche ou Le carnaval indien de l’Orphelinat des Monstres, de Benjamin Pradet (23 août). La pièce d’ouverture propose un détournement, voire un « règlement de comptes historique », à travers un Maurice Duplessis réinventé dans un univers carnavalesque. Et avec les pensionnats autochtones en toile de fond.

    Corps célestes, de Dany Boudreault (24 août). Alors qu’un conflit fait rage dans le Grand Nord, on assiste au retour de l’enfant prodigue dans sa famille : une actrice porno, qui porte des réflexions pleines d’aplomb… Une pièce traversée par « une puissance poétique, mais aussi très drôle », selon Emmanuelle Sirois.

    Maître Karim la perdrix, de Martin Bellemare (29 août). L’auteur du Chant de Georges Boivin s’est appuyé sur une recherche documentaire dans un centre de réfugiés en France pour créer ce texte qui diffère de ses oeuvres précédentes. Menacé d’expulsion, son « attachant » protagoniste déjoue les autorités de divers pays en affichant une identité mouvante.

    Dramaturgies en dialogue
    Du 23 au 30 août, au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.












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