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    La nouvelle saison du théâtre Prospero favorise les territoires de l’imaginaire et du mystère

    La nouvelle saison du théâtre Prospero favorise les territoires de l’imaginaire et du mystère

    17 août 2017 | Marie Labrecque - Collaboratrice | Théâtre
    La directrice artistique et générale Carmen Jolin entourée par la comédienne Macha Limonchik, le comédien Maxime Denommée et la comédienne et metteure en scène Catherine Vidal.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La directrice artistique et générale Carmen Jolin entourée par la comédienne Macha Limonchik, le comédien Maxime Denommée et la comédienne et metteure en scène Catherine Vidal.

    C’est une ligne que Carmen Jolin développe depuis qu’elle occupe la direction du Groupe de la Veillée et du théâtre Prospero, en 2010. La mise en valeur d’une dramaturgie contemporaine, surtout étrangère, et « les nouvelles formes » que celle-ci explore. Rencontrée quelques jours avant le dévoilement mercredi de sa nouvelle saison, l’ancienne responsable des communications expliquait avoir aussi voulu changer un peu l’image d’un théâtre auquel, déplorait-elle, on avait faussement fait la réputation d’un lieu fermé.

     

    L’espace de la rue Ontario accueille désormais une génération de jeunes créateurs stimulés par ces écritures novatrices. La directrice se targue d’avoir noué des collaborations artistiques avec les Christian Lapointe, Angela Konrad, Catherine Vidal et Florent Siaud (ces deux derniers nommés « artistes alliés » du théâtre). L’événement dramaturgique Territoires de paroles, qui provoquera pour une troisième année des rencontres entre metteurs en scène et textes d’ailleurs, a ainsi constitué une « tentative de repositionnement » du théâtre. Et servi également à tester des pièces.

     

    Carmen Jolin tente aussi depuis quelques années d’arrimer davantage les spectacles présentés en codiffusion par des compagnies extérieures à cette ligne artistique axée sur le nouveau théâtre étranger. Une démarche « qui a toujours été plus délicate », ces troupes possédant leur propre mandat. « J’invite de plus en plus, dans les appels de projets, les compagnies à proposer des démarches qui pourraient s’inscrire [dans la lignée du théâtre] et qui sortent un peu de leurs habitudes. À profiter de cet écrin qu’est la salle Prospero, un espace transformable, ouvert, qui permet des expérimentations. Et ça commence à fonctionner. »

     

    Durant la saison 2017-2018, les dramaturges contemporains régneront ainsi en maître au Prospero. Le seul classique joué, Titus, d’après Shakespeare, sera transformé — et féminisé — par la griffe de la metteure en scène Édith Patenaude. Et dans la salle principale, ne seront entendus que des textes d’ailleurs. À l’exception du Warda de Sébastien Harrisson, une coproduction entre Les Deux Mondes et le Rideau de Bruxelles, présenté l’an dernier dans le plat pays par une distribution québéco-belge.

     

    Cette saison met à l’honneur les auteurs européens, et notamment par hasard trois Scandinaves, dont le Norvégien Jon Fosse. La Veillée poursuit aussi l’exploration du répertoire fascinant du Russe Ivan Viripaev. Créant chaque fois « un théâtre différent », l’auteur d’Oxygène et d’Illusions donne cette fois la parole à des Enivrés, 14 personnages qui, sous l’effet de l’alcool, vont très loin dans leurs échanges sur des questions existentielles ou même mystiques. « Tout le monde se remet en question, mais de façon folle. »

     

    La liberté de l’art

     

    « Électron libre, l’art n’est pas un outil », est-il écrit en lettres majuscules dans le programme du théâtre Prospero. Une déclaration d’intention pour Carmen Jolin, qui dit avoir choisi des pièces ne tendant pas un « miroir direct » à l’actualité, mais approchant plutôt le réel de manière oblique, à travers les territoires de l’indicible et la puissance de l’imaginaire.

     

    À l’encontre d’une vision qui tendrait à « instrumentaliser » l’art en lui assignant nécessairement une fonction, la directrice rappelle qu’il existe plusieurs manières de représenter la réalité, que d’autres voies sont tout aussi possibles. Et valables. « L’art doit continuer à se développer librement. Et refléter la réalité, ça ne veut pas toujours dire que le spectateur peut se reconnaître. Parfois, on va dans le mystère. C’est ce que font les nouvelles écritures. Tout comme l’art abstrait, qui est sorti de la réalité à un moment donné, le théâtre doit emprunter ce chemin-là. Même s’il est peut-être plus difficile. Il faut inviter le spectateur à des découvertes, plutôt qu’à venir juste se regarder, à [s’identifier]. Ça implique un risque, et le public ne suit pas toujours parfaitement. Mais il faut planter la graine. »

     

    Ce qui ne signifie pas que ces oeuvres ne peuvent pas aborder de thèmes chauds. Le rapport à l’Autre semble ainsi mis en lumière dans quelques textes (Froid, du Suédois Lars Noren, Mazal Tov, création de Marc-André Thibault…). Et Je disparais, le « texte de mystère » du Norvégien Arne Lygre qui ouvre la saison de la Veillée, se déploie sur un « arrière-plan politique, de guerre, d’immigration » qui n’est pas précisé, avec la fuite de personnages extraits de leur confort, de leur stabilité, de leur identité. « On ne peut pas être plus dans l’actualité, sauf qu’on ne nomme pas le mot “migrant”… »


    Quelques rendez-vous Je disparais Un « poème sur l’absence » créé en 2011 par Arne Lygre, où la metteure en scène Catherine Vidal aurait trouvé un « matériau riche à dévoiler ».

    Les enivrés Pour sa deuxième incursion dans l’univers multiforme d’Ivan Viripaev, après Illusions, Florent Siaud dirige une imposante et étincelante distribution.

    Titus Édith Patenaude a réécrit l’une des pièces les plus terribles de Shakespeare au profit d’une distribution majoritairement féminine.

    Le nom La comédienne Dominique Leduc monte ce huis clos familial, l’une des premières pièces de Jon Fosse, le réputé auteur de Quelqu’un va venir.












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