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    La pièce «Docile» donne à l'été des accents hitchcockiens

    28 juin 2017 | Marie Labrecque - Collaboratrice | Théâtre
    «Docile» aborde entre autres la question d’une industrie qui façonne et exploite l’apparence des femmes.
    Photo: François Larivière «Docile» aborde entre autres la question d’une industrie qui façonne et exploite l’apparence des femmes.

    Depuis 20 ans, le Petit Théâtre du Nord se targue de sa diversité créative. Il n’y a en effet pas grand-chose de commun entre sa nouvelle production et celles qui l’ont précédée ces dernières années. Les auteurs de La Grande Sortie, Mélanie Maynard et Jonathan Racine explorent eux-mêmes un registre entièrement différent avec Docile. Même si leur sens de la réplique assassine y est en valeur, le spectacle se rapproche davantage, disons, de l’univers de Daphne Du Maurier que d’une comédie estivale typique.

     

    La pièce se situe dans les années 1960, cette ère de transformation sociale, notamment pour les femmes. Un photographe (Sébastien Gauthier) débarque à New York après qu’une réputée compagnie de produits de beauté lui ait fait miroiter un emploi. Mais il apparaît bien vite que le propriétaire de la firme s’intéresse d’abord à l’épouse dévouée (Louise Cardinal) de Jacques. Au grand dépit de ce dernier. Ann, qui avait « perdu son identité en se mariant » apprend-on à travers des extraits narrés de son autobiographie, s’émancipe donc peu à peu. Mais les apparences peuvent être trompeuses…

     

    L’utilisation de l’envoûtante musique composée par Bernard Herrmann pour Vertigo — au sein d’une trame sonore judicieusement choisie par le metteur en scène Jonathan Racine — n’est pas innocente : sans vendre le punch, il est question dans ce suspense aux clins d’oeil hitchcockiens de fabrication d’une image, d’illusion et, ultimement, de manipulation. D’une industrie, aussi, qui façonne et exploite l’apparence des femmes. Sous la séduction purement… cosmétique du rêve qu’elle vend, cette entreprise cache une réalité bien plus sombre.

     

    L’intrigue est habilement tissée. Mais la pièce tient d’abord et surtout au mystère qui enveloppe son récit, et à l’atmosphère vaguement inquiétante qu’elle entretient. D’autant que l’univers visuel et sonore du spectacle, où transpire fortement l’influence du cinéma, est particulièrement soigné. Dans le décor aux tonalités de gris signé David Ouellet, un appartement qui s’ouvre sur un impressionnant panorama new-yorkais, la pénombre offerte par les éclairages d’Ariane Roy, les costumes de Cyrille Brin-Delisle et les perruques de Louis Bond métamorphosant les actrices : tout concourt à la création de l’ambiance et à la reconstitution d’époque.

     

    Autour d’une Louise Cardinal pleine de fraîcheur et de vulnérabilité, s’agitent des personnages souvent savoureux. Et au premier chef la tyrannique belle-mère, jouissivement caricaturale, que campe l’irrésistible Danielle Proulx. En p.-d.g., l’étonnant Jean-François Casabonne donne de la chair à un monstre d’égocentrisme et de machisme mal dégrossi. Mélanie Saint-Laurent rend son étrange gouvernante curieusement touchante. Et Luc Bourgeois, suave en directeur artistique, manie parfaitement ses répliques tranchantes.

     

    Encore une fois, le — court — voyage à Blainville vaut donc le détour.

    Docile
    Texte de Mélanie Maynard et Jonathan Racine. Mise en scène de Jonathan Racine. Jusqu’au 26 août, à la salle de spectacle 1000, chemin du Plan-Bouchard à Blainville.












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