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    Au seuil de sa vingtième saison, le Petit Théâtre du Nord voit grand

    17 juin 2017 | Marie Labrecque - Collaboratrice | Théâtre
    Les fondateurs du Petit Théâtre du Nord : Luc Bourgeois, Louise Cardinal, Sébastien Gauthier et Mélanie St-Laurent
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Les fondateurs du Petit Théâtre du Nord : Luc Bourgeois, Louise Cardinal, Sébastien Gauthier et Mélanie St-Laurent

    L’histoire du Petit Théâtre du Nord a débuté par un acte d’amour. Quoi de plus naturel pour une compagnie fondée par deux couples ? Pour consoler sa douce, Mélanie St-Laurent, chagrinée d’avoir dû renoncer à un contrat chez Jean-Duceppe pour cause de grossesse, Sébastien Gauthier lui avait alors promis ceci : « On va s’en faire un, théâtre ! »

     

    Deux amis « nouvellement ensemble », Luc Bourgeois et Louise Cardinal, se sont joints à l’aventure. Tous formés à l’option-théâtre du collège Lionel-Groulx, les comédiens avaient déjà constaté une lacune : l’absence de compagnie théâtrale installée dans la région des Basses-Laurentides. La première année, ils ont réussi à financer leur production, Névrose à la carte, en la jouant aussi dans un resto-théâtre de Saint-Hyacinthe. Le Petit Théâtre du Nord était lancé. Mais le quatuor ignorait, en 1998, qu’il s’engageait pour aussi longtemps. « Il faut une passion du théâtre, et une certaine naïveté aussi, pour fonder une compagnie,pense Louise Cardinal. Peut-être que, si on y avait trop réfléchi, ça se serait passé différemment. »

     

    Ils attribuent leur succès au choix de miser sur un théâtre d’été différent. Dès la seconde saison, ces amoureux de la création se sont démarqués par un mandat auquel ils n’ont jamais dérogé : la commande de nouveaux textes à des auteurs d’ici. Et en ne se restreignant pas à un seul style, la compagnie a fidélisé un public en attisant sa curiosité. « On a créé un sentiment d’appartenance chez les gens de la région, se félicite Sébastien Gauthier. Le Petit Théâtre est devenu une fierté pour eux. »

     

    Le triumvirat de directeurs artistiques — Louise Cardinal a quitté ses fonctions au sein de la compagnie après la naissance d’un premier enfant — alterne délibérément choix audacieux, tels l’imaginaire fantaisiste d’un Jean-François Nadeau ou l’humour noir, encore « déstabilisant » à l’époque pré-Invincibles, d’un François Létourneau, et valeurs plus sûres. « Il y a des étés où les spectacles cartonnent fort, note Luc Bourgeois. Ce serait facile de se dire : voilà la recette possible. Mais on ne calcule pas comme ça. Les 20 ans nous ont donné raison. » Ils ont toujours défendu le concept d’une comédie, « mais avec tous les prismes possibles, et jamais au détriment de l’intelligence du texte », résume Mélanie St-Laurent.

    Il y a des étés où les spectacles cartonnent fort. Ce serait facile de se dire: voilà la recette possible. Mais on ne calcule pas comme ça. Les 20 ans nous ont donné raison.
    Luc Bourgeois

    Ils tirent aussi une grande fierté d’avoir créé « un répertoire de comédies contemporaines ». En assistant récemment aux auditions générales du Quat’Sous, Sébastien a eu la surprise de voir que plusieurs des textes à quatre interprètes joués là avaient vu le jour au Petit Théâtre du Nord. Il en cite une demi-douzaine, de Peau d’ours de Rébecca Déraspe aux Orphelins de Madrid de Sarah Berthiaume.

     

    La compagnie, qui donne la chance à de jeunes concepteurs de connaître leur première expérience professionnelle, aura aussi permis à ses comédiens-fondateurs de se donner des rôles réguliers, « d’avoir un certain pouvoir sur [leur] créativité » au lieu d’attendre les appels, comme le décrit Mélanie. « Mon grand plaisir personnel réside beaucoup dans l’accompagnement dramaturgique des auteurs, ajoute Luc. C’est comme si, par procuration, j’écrivais. Ce que je n’ose jamais faire, là je le fais un peu par la bande. »

     

    Deux suspenses

     

    Pour cette édition anniversaire, la compagnie a fait appel à Mélanie Maynard et à Jonathan Racine, le duo qui avait écrit leur première création, Loft Sorry, ainsi que le succès de 2011, La grande sortie. Pièce très différente, Docile nous transporte à New York dans les années 1960, au sein d’une firme de produits de beauté où un photographe et sa femme feront face à une situation imprévue.

     

    Les quatre fondateurs-interprètes, qui partageront la scène avec Danielle Proulx et Jean-François Casabonne, ne veulent pas trop en révéler sur cette pièce intrigante, difficile à catégoriser, qui traiterait notamment de l’exploitation de la femme-objet. Ils parlent d’une « comédie noire mystérieuse », d’un suspense à l’esthétique audacieuse, qui rend hommage aux films de genre de l’époque…

     

    Le Petit Théâtre, qui renouera avec l’auteur d’Enfantillages, François Archambault, l’été prochain, nourrit de grands projets. Et pour ses 20 ans, il pourrait bien obtenir un cadeau : une salle permanente. Rappelons que la compagnie, qui joue désormais au Centre communautaire de Blainville, a logé durant 10 ans dans une pittoresque vieille grange, à l’ambiance estivale appréciée, mais où les acteurs partageaient la scène avec des invités imprévus : moufettes, fourmis charpentières grugeant les poutres, « chauves-souris qui ont frôlé la tête des journalistes lors d’une première »…

     

    Selon Sébastien Gauthier, un lieu fixe permettrait de développer des activités artistiques dans leur région et d’y attirer de petits spectacles montréalais. « C’est rendu difficile de faire de la tournée au Québec pour une petite compagnie. Les diffuseurs ont de si grosses salles que, pour la rentabiliser, ils prennent des productions avec des têtes d’affiche. Aussi, faire des coproductions, des lectures… On a mille projets. »

     

    À suivre d’ici la fin de l’été.

    Docile
    Texte de Mélanie Maynard et Jonathan Racine. Mise en scène de Jonathan Racine. Du 21 juin au 26 août, à la salle de spectacle 1000, chemin du Plan-Bouchard à Blainville.












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