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    Critique théâtre

    Le deux visages d'Esther Greenwood

    22 mars 2017 | Sara Fauteux - Collaboratrice | Théâtre
    Précises et sensibles, les comédiennes Marie-Pier Labrecque et Marie-Josée Samson adoptent un ton légèrement décalé qui maintient l’émotion à distance.
    Photo: Antonin Gougeon Précises et sensibles, les comédiennes Marie-Pier Labrecque et Marie-Josée Samson adoptent un ton légèrement décalé qui maintient l’émotion à distance.

    Le destin tragique de Sylvia Plath, qui s’est enlevé la vie alors qu’elle avait à peine 30 ans, a largement contribué à nourrir le mythe autour de son unique roman, The Bell Jar, publié en 1963. Mais l’adaptation théâtrale et la mise en scène qu’en signe ici Solène Paré ne misent pas tout sur la noirceur de la narratrice, alter ego de l’auteure.

     

    La cloche de détresse (ou de verre, selon les traductions) a trop souvent été réduit à un témoignage autobiographique sur la détresse psychologique de son auteure. Paré s’appuie plutôt sur l’acuité de sa parole et sur la puissance de son écriture. Alors que Plath s’acharne à dire son incapacité à s’inscrire dans le monde, la metteure en scène, diplômée en 2016 de l’École nationale de théâtre, capte toute la lucidité du regard qu’elle posait sur la condition féminine de son époque.

     

    En 2004, Brigitte Haentjens et Céline Bonnier présentaient au Quat’Sous une adaptation mémorable de La cloche de verre. Moins fidèle que ces dernières dans son adaptation du texte, Paré s’approprie plus librement le roman. Les passages qui abordent explicitement la souffrance et la pulsion de mort qui habitent l’auteure sont ainsi essentiellement concentrés au début et à la fin de la pièce, déconstruisant sa chronologie.

     

    Le trouble dévorant d’Esther Greenwood, alter ego de l’auteure, se manifeste dans le dédoublement de sa figure. Marie-Pier Labrecque et Marie-Josée Samson se partageront sa voix, et Labrecque assumera celles des autres personnages. Précises et sensibles, elles adoptent un ton légèrement décalé qui maintient l’émotion à distance. La dynamique des deux comédiennes est régie par une série de gestes, une chorégraphie codifiée qui théâtralise les corps.

     

    La même finesse caractérise tous les éléments de cette production. L’espace scénique conçu par Xavier Mary est nu, défini par un mur en angle qui resserre l’aire de jeu. Celle-ci est habilement utilisée dans la conception d’éclairages de Pauline Schwab, partie intégrante de la scénographie. La musique inquiétante qui ouvre le spectacle laisse place à une ambiance sonore imprécise, presque onirique, qui porte les différents moments du texte.

     

    Pour apprécier toutes les qualités de ce spectacle, il faudra cependant faire la paix rapidement avec le niveau de langue. Pourquoi avoir choisi de commander une nouvelle version du texte à la traductrice Suzie Bastien si ce n’est pour s’approprier son américanité et son rythme ?

     

    Au final, en se tenant loin de toute surenchère d’émotion, on peut se demander si le spectacle du Théâtre de l’Embrasure n’évacue pas une partie de la force de La cloche de verre. Mais d’autres ont foulé ces territoires avant eux, et on salue le nouveau trajet que Paré trace dans ce texte, en se mettant sans aucun doute au service des mots autant que du théâtre.

    La cloche de verre
    Texte de Sylvia Plath, dans une traduction de Suzie Bastien. Mise en scène de Solène Paré. Une production du Théâtre de l’Embrasure. Au Prospero jusqu’au 1er avril.












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