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    Critique théâtre

    Pièce en crise identitaire

    14 mars 2017 | Marie Labrecque - Collaboratrice | Théâtre
    Au sein d’une fratrie bâtie de contrastes, et où Robin-Joël Cool (à gauche) campe un personnage tout d’une pièce, Patrick Hivon, lui, offre une sincérité à fleur de peau tout au long de la pièce.
    Photo: Maxime Côté Au sein d’une fratrie bâtie de contrastes, et où Robin-Joël Cool (à gauche) campe un personnage tout d’une pièce, Patrick Hivon, lui, offre une sincérité à fleur de peau tout au long de la pièce.

    Toute guerre est fratricide, postule Gilles Poulin-Denis dans sa création. Devant cet affrontement entre deux frères, l’un parti depuis 14 ans exercer son métier de correspondant de guerre et l’autre resté malgré lui pour s’occuper de leur père et de la terre familiale (un peu comme dans la parabole biblique du fils prodigue), on reconnaît des motifs mythiques. Mais aussi des résonances très actuelles, grâce à un questionnement sur l’identité, le territoire, l’appartenance, les frontières. Tous les personnages principaux de Dehors sont confrontés à la question essentielle de partir ou de rester dans leur coin de pays.

     

    Ce déchirement entre l’ouverture et le protectionnisme, la nécessité de perpétuer le patrimoine, évoque les tensions qui se jouent désormais dans nos sociétés. Pourquoi l’« étranger » qu’est devenu le frère déserteur — auquel on reproche d’avoir rapporté dans ses bagages tout le bruit et la fureur du monde, la violence du dehors — aurait-il droit à une aussi grande part de l’héritage, du territoire ?

     

    C’est dire que le terreau sur lequel l’ambitieuse pièce de l’auteur fransaskois s’installe ne manque pas de richesse. Au contraire. Gilles Poulin-Denis, qui révèle avec humilité dans son mot d’auteur que ce texte mille fois réécrit a constitué son « école d’écriture », y embrasse à la fois le conflit intime et collectif, et superpose des couches symboliques, oniriques, aux éléments psychologiques de son récit. En parallèle des retrouvailles entre frères, la pièce suit surtout la quête du reporter tourmenté, qui se cherche à travers les méandres de son passé, son enfance comme les épisodes traumatisants des guerres qu’il a couvertes.

     

    Pas facile d’incarner cet univers touffu. Sur scène, il paraît souvent boiteux. Les registres s’y entrechoquent, comme les langues et accents des divers personnages. Le spectacle dirigé par Philippe Ducros ne parvient pas vraiment à installer l’univers onirique qui intégrerait toutes ses dimensions. Par ailleurs, je m’interroge sur la nécessité de la vidéo. La pièce s’ouvrait pourtant sur une scène prometteuse, une séquence silencieuse, mais puissamment physique.

     

    Autrement, la plupart des passages de la pièce reliés aux guerres étrangères paraissent plutôt artificiels, relevant davantage de lieux communs. Tandis que chez certains personnages secondaires, on tombe dans le pittoresque (la toutefois sympathique voisine jouée par Marie-Ève Fontaine), voire dans la caricature, comme dans la scène chez le notaire (Richard Thériault). Entre l’archétype et le stéréotype, la ligne est parfois mince.

     

    Ce qui n’est pas le cas chez Jean Marc Dalpé, qui parvient à imposer avec force son rôle chimérique d’ours. Au sein d’une fratrie bâtie de contrastes, et où Robin-Joël Cool campe un personnage tout d’une pièce, Patrick Hivon, lui, offre une sincérité à fleur de peau tout au long de la pièce.

    Dehors
    Texte de Gilles Poulin-Denis. Mise en scène de Philippe Ducros. Une production d’Hôtel-Motel en collaboration avec le Cercle Molière. Au Théâtre d’Aujourd’hui, jusqu’au 25 mars.












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