Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    Critique théâtre

    Thérapie de troupe

    11 mars 2017 | Christian Saint-Pierre - Collaborateur | Théâtre
    Les comédiens, qui jouent leur propre personnage, expriment sans ménagement leur colère incontrôlable, leurs doutes constants, leurs névroses croissantes et leurs désirs inassouvis dans la pièce «Ivresse».
    Photo: Rachel et Michel Les comédiens, qui jouent leur propre personnage, expriment sans ménagement leur colère incontrôlable, leurs doutes constants, leurs névroses croissantes et leurs désirs inassouvis dans la pièce «Ivresse».

    Les effondrements boursiers sont aussi moraux. Les crises sociales sont aussi existentielles. Les déboires politiques sont aussi amoureux. C’est en quelque sorte la thèse de l’Allemand Falk Richter, auteur de Trust, que les spectateurs du Festival TransAmériques ont eu la chance de découvrir en 2011, mais aussi d’Ivresse, une pièce présentée ces jours-ci à La Chapelle dans une mise en scène de Mireille Camier.

     

    À une époque néolibérale où tout, mais littéralement tout se marchande, peut-on avoir confiance en l’autre ? En nos élus ? En nos médias ? En soi-même ? Dans une suite de tableaux à caractère hautement performatif, partageant la scène avec les spectateurs, Sarianne Cormier, Nicolas Labelle, Catherine-Audrey Lachapelle, Nico Lagarde et Alexis Lefebvre incarnent une troupe de jeunes comédiens préoccupés par les effets dévastateurs de la mondialisation sur leurs relations humaines.

     

    Pensez à une grande séance de thérapie de groupe. Les chaises sont disposées en cercle. Des images sont projetées en direct sur de grandes bâches suspendues au plafond. Les téléphones pullulent. Partout autour de nous, et souvent en même temps, dans une cacophonie pourtant précise, les comédiens, qui jouent leur propre personnage, expriment sans ménagement leur colère incontrôlable, leurs doutes constants, leurs névroses croissantes et leurs désirs inassouvis. La matière, éminemment postdramatique, est une suite d’instantanés, des fragments de la vie contemporaine dont le seul fil rouge serait la détresse. On rencontre des êtres perpétuellement mal à l’aise, en lutte avec leur passé, leur présent et leur futur.

     

    Une foule de sujets sont abordés en vrac : le corps, la consommation, la politique, l’insécurité, la représentation de soi sur les réseaux sociaux, l’amour, l’amitié, l’engagement, la parentalité… Le texte, écrit en 2012, dans la foulée du mouvement Occupy, a été adroitement truffé de références sociopolitiques québécoises par le traducteur et adaptateur Jean-François Boisvenue. Cette collectivité de manifestants en quête d’authenticité exprime d’abord le refus global d’une génération, mais elle traduit aussi l’état d’esprit de toute une époque, de toute une société assoiffée de vérité en même temps que cruellement minée par le cynisme.

     

    Après Marius von Mayenburg et Roland Schimmelpfennig, Mireille Camier poursuit tout naturellement son exploration de la dramaturgie allemande contemporaine, sinon peu représentée sur les scènes montréalaises, en croisant le fer avec Falk Richter. Tout en ayant le mérite de renouveler le rapport entre la scène et la salle, il faut admettre que le spectacle présenté à La Chapelle verse beaucoup, pour ne pas dire trop, dans la drôlerie. C’est à juste titre déjanté et frénétique, déséquilibré et acrobatique, échevelé et cathartique, mais il y a dans ce portrait de société une gravité que la direction d’acteurs semble occulter.

    Ivresse
    Texte : Falk Richter. Traduction et adaptation : Jean-François Boisvenue. Mise en scène : Mireille Camier. Un spectacle des Productions Quitte ou double. À La Chapelle jusqu’au 18 mars.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.