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    Critique théâtre

    «L'enfance de l'art»: Favreau sans Sol

    1 mars 2017 | Marie Labrecque - Collaboratrice | Théâtre
    Certains textes de Sol sont traités comme de véritables scènes théâtrales, avec personnages et ingénieuse mise en scène à la clé.
    Photo: Jean-Philippe Baril Guérard Certains textes de Sol sont traités comme de véritables scènes théâtrales, avec personnages et ingénieuse mise en scène à la clé.

    Jolie idée que cet hommage à un géant disparu il y a 12 ans. Deuxième adaptation signée par Nicolas Gendron, après le remarqué Et au pire, on se mariera, la création vise à mettre en lumière les textes de Marc Favreau dans leur valeur intrinsèque, en les dissociant de l’attachant personnage qui les a portés. L’intelligente ouverture du spectacle l’annonce d’emblée : il n’y aura pas ici d’imitation de l’inimitable clown. Seulement un quintette de comédiens qui tenteront de servir, dans un collage de soliloques, poèmes ou même chansons, l’auteur « esstradinaire ». Ce funambule des mots qui tordait le réel pour mieux le révéler.

     

    Sur le plan formel, L’enfance de l’art déploie un imaginaire, ludique et naïf, seyant bellement au célébré. Dans cet univers un peu de bric et de broc, dominé par des cordes à linge, la mise en scène privilégie un esprit inventif, proche justement du jeu d’enfant. Mais comment jouer du Sol sans le regretté clochard ? Au début, on semble indubitablement y perdre quelque chose. Les jeux de mots tombent un peu à plat, comme s’il manquait à ces successions de calembours ce personnage poétique pour les élever.

     

    Mais si le spectacle tarde à lever, c’est peut-être aussi parce que les textes les plus substantiels sont surtout placés en deuxième moitié.

     

    D’autant que certains sont traités comme de véritables scènes théâtrales, avec personnages et ingénieuse mise en scène à la clé. Les textes acquièrent alors une autre dimension, et on oublie toute comparaison avec le monologuiste. Le numéro autour du système de santé n’a — hélas — pris aucune ride ; et Olivia Palacci donne une magnifique candeur à ce petit bijou qu’est La justice s’en balance.

     

    Les interprètes (aussi : Maxime Beauregard-Martin, Gabriel Dagenais, Nicolas Gendron et la très bonne Isabeau Blanche) finissent par imposer leur propre couleur aux textes. Sans compter les invités virtuels. Si l’intervention filmée de Marcel Sabourin apparaît un peu incongrue, parce que seul segment vidéo, le touchant Crépuscule des vieux lu par Clémence DesRochers donne lieu à un beau moment.

     

    Quatre valeureux auteurs ont aussi tenté d’écrire dans « l’esprit de », en s’inspirant de monologues existants. Au risque de se condamner peut-être à faire du sous-Sol (oui, j’ai osé cet infâme calembour…) On n’accote évidemment pas l’original. Marie-Lise Chouinard revisite toutefois le thème du pouvoir d’amusante façon, avec un clin d’oeil ironique à l’actualité.

     

    Le spectacle permet d’ailleurs de redécouvrir toute la charge de critique sociale que distille, en douce, l’oeuvre de Marc Favreau. Qu’il parle de la classe possédante ou qu’il porte un regard tendre sur les semblables de Sol, les « embarrassants abris », le créateur soutient les plus vulnérables. Une qualité dont il est difficile de ne pas être nostalgique. Imaginez ! Un humoriste qui s’en prend au pouvoir plutôt qu’à un enfant handicapé…

    L’enfance de l’art — Doigts d’auteur de Marc Favreau
    Textes : Marc Favreau, et Marie-Lise Chouinard, Annie Cloutier, David Leblanc et Anne-Marie Olivier (auteurs invités). Adaptation et mise en scène : Nicolas Gendron. Une production d’ExLibris. À la salle Fred-Barry, jusqu’au 11 mars.












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