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    Critique théâtre

    Être soi-même

    3 février 2017 | Christian Saint-Pierre - Collaborateur | Théâtre
    Des personnages à revendre, une multitude de lieux à représenter, un entrelacement constant entre le réel et le fantastique, rien de tout cela n’a effrayé le metteur en scène et comédien Olivier Morin.
    Photo: Marie-Claude Hamel Des personnages à revendre, une multitude de lieux à représenter, un entrelacement constant entre le réel et le fantastique, rien de tout cela n’a effrayé le metteur en scène et comédien Olivier Morin.

    Olivier Morin et Guillaume Tremblay n’ont pas froid aux yeux. C’est le moins que l’on puisse dire. Qui d’autre oserait consacrer un opéra rock à Clotaire Rapaille ? Imaginer un théâtre radiophonique et dystopique sur la souveraineté du Québec ? Nous entraîner dans une épopée science fictionnelle sur le sort des autochtones ? Ou encore, comble de l’improbable, concevoir un opéra surf à propos de l’actuelle crise migratoire ? Ces jours-ci, le tandem continue d’étonner en s’appropriant Peer Gynt, une pièce d’Henrik Ibsen créée en 1876, un texte considéré par plusieurs comme injouable.

     

    À bien y penser, cette farce satirique et philosophique, critique sociale complètement déjantée, elle va comme un gant à la joyeuse bande du Théâtre du Futur. Pas surprenant en ce sens que le Théâtre de l’Opsis, engagé dans un cycle scandinave, ait pensé à faire appel à Olivier Morin pour signer l’adaptation et la mise en scène des aventures rocambolesques de Peer Gynt aux quatre coins du monde. Le héros est paradoxal, perfide, assoiffé de pouvoir, et pourtant, d’une certaine manière, intègre. Ce personnage, aussi charmant que narcissique, aussi rêveur que menteur, Guillaume Tremblay l’incarne dans toute sa complexité.

     

    Des personnages à revendre, parmi lesquels une grotesque dynastie de trolls, une multitude de lieux à représenter, un entrelacement constant entre le réel et le fantastique, rien de tout cela n’a effrayé Olivier Morin. En un peu moins de deux heures, sur le petit plateau du Quat’sous, le créateur parvient à rendre justice à l’odyssée d’Ibsen en s’appuyant essentiellement sur le talent manifeste de ses comédiens. Christophe Baril, Émilie Bibeau, Kim Despatis, Sébastien Dodge, Steve Gagnon et Caroline Lavigne incarnent dans un feu roulant les personnages les plus contrastés. Ajoutons que Navet Confit leur a concocté quelques chansons exquises.

     

    Le récit, par sa forme, ses motifs et ses protagonistes, sa teneur éminemment nordique, évoque indéniablement les contes et légendes québécois. Il y a un imaginaire commun, uneirrésistible propension à l’exagération qu’on retrouve également chez Honoré Beaugrand et Fred Pellerin. Ainsi, aussi farfelu que soit le périple, on a le net sentiment d’être en terrain connu. Pas surprenant alors que la quête de Peer Gynt, éminemment identitaire, éclaire à ce point la nôtre. Comment rester fidèle à ses principes sans empêcher son voisin d’en faire autant ? Comment être soi-même, mais juste assez ? Voilà la question brûlante que le spectacle pose avec autant de pertinence que de dérision.

    Peer Gynt
    Texte : Henrik Ibsen. Adaptation et mise en scène : Olivier Morin. Une production du Théâtre de l’Opsis. Au théâtre de Quat’sous jusqu’au 19 février.












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