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    Critique théâtre

    Théâtre de proximité

    23 janvier 2017 | Marie Labrecque - Collaboratrice | Théâtre
    Une partie du public s’assoit à côté des deux acteurs de «Blink».
    Photo: Laurence Dauphinais Une partie du public s’assoit à côté des deux acteurs de «Blink».

    Rares sont les spectacles où l’on vous demande de retirer vos bottes avant d’entrer dans l’enceinte du théâtre. La salle intime du Prospero n’a peut-être jamais aussi bien porté son nom, transformée par les bons soins de la scénographe Odile Gamache en une sorte de salle communautaire, le genre où se réunissent des groupes de soutien, avec machine à café et chaises disposées en cercle. C’est d’ailleurs là où s’assoit une partie du public, à côté des deux acteurs, abolissant de ce fait la distinction entre scène et salle.

     

    Les protagonistes de Blink racontent, en parallèle, leur drôle de relation amoureuse à distance. Un contact amorcé par le truchement d’un moniteur pour bébé. Désemparée par la mort de son père, Sophie, qui se sent invisible, a envoyé l’écran à son nouveau voisin. Anonymement. Depuis, Jonas l’observe vivre ou la suit discrètement (croit-il) dans ses pérégrinations à travers la ville. Jusqu’à ce qu’un événement imprévu ne force une rencontre en personne…

     

    Cette relation via médias vise autant à témoigner de l’époque (une ère où le rapport à l’intimité a été profondément bouleversé), j’imagine, qu’elle n’en révèle sur les personnages, deux êtres inadaptés et esseulés. Le dramaturge anglais Phil Porter y aborde un lien qui pourrait être franchement trouble d’une manière tendre et fantaisiste. S’il y avait un équivalent théâtral à l’art naïf, il pourrait ressembler à ça. En résulte une histoire d’amour atypique, gentille mais plutôt anodine. La forme narrative ne manque toutefois pas de ludisme et permet certaines scènes cocasses.

     

    La seconde production du Théâtre de la Bête Humaine reproduit ici certains des attraits de sa précédente, Béa : des personnages attachants, et le naturel désarmant de l’interprétation. Difficile de résister à des comédiens avec lesquels on partage une telle proximité. Totalement à l’aise dans ce contexte intimiste, Yannick Chapdelaine et Olivia Palacci s’adressent à certains spectateurs comme s’ils se confiaient à des proches — quand ils ne leur offrent pas des biscuits… Le spectacle mis en scène par Charles Dauphinais traite donc des notions d’intimité, de voyeurisme et de distance dans les relations interpersonnelles à travers une mise en place très enveloppante, où le spectateur n‘a pas le choix de se sentir lui-même un peu voyeur.

     

    Question de proximité toujours, Yannick Chapdelaine a adapté à notre contexte cette pièce contenant beaucoup d’indications géographiques réalistes. Le traducteur a travaillé fort pour trouver des équivalents locaux aux références londoniennes, même si certains éléments passent moins bien. N’empêche que le Montréalais se sent en terrain connu devant un texte qui intègre même une allusion de dernière minute au retrait des trains Azur…

    Blink
    Texte : Phil Porter. Traduction : Yannick Chapdelaine. Mise en scène : Charles Dauphinais. Production : Théâtre de la Bête Humaine. Jusqu’au 4 février, dans la salle intime du Théâtre Prospero.












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