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    Théâtre

    Retour vers le futur

    L’équipe de «La soirée est (encore) jeune» s’associe avec Fabien Cloutier pour jouer aux futurologues cinglants

    9 janvier 2017 | Marie Labrecque - Collaboratrice | Théâtre
    Le chroniqueur de La soirée est (encore) jeune Olivier Niquet en compagnie du dramaturge-humoriste-comédien Fabien Cloutier
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chroniqueur de La soirée est (encore) jeune Olivier Niquet en compagnie du dramaturge-humoriste-comédien Fabien Cloutier

    L’année 2017 sera-t-elle aussi catastrophique que la dénigrée 2016 ? Disons que ça part mal quand les gars les plus baveux en ville s’apprêtent à en imaginer les grandes lignes. Après la radio et la télédiffusion sur ICI ARTV, les artisans de La soirée est (encore) jeune franchissent donc une nouvelle étape et transportent à la scène leur complicité irrévérencieuse. Avec un ajout au boys’ club : le dramaturge-humoriste-comédien Fabien Cloutier, choisi à la fois pour sa « communauté de pensée » et pour sa complémentarité avec le quatuor.

     

    Prédictions 2017 prendra la forme d’un bulletin de nouvelles télévisé où défileront les grands moments de l’année à venir. « À La soirée, on est toujours pris avec l’actualité, remarque le si posé Olivier Niquet, à dix jours de l’attendue première. Ici, on peut l’inventer, c’est ce qui fait que c’est différent, et qu’on ne se répète pas trop. J’espère. » Cet archiviste de la bêtise utilisera comme d’habitude des extraits de citations réelles pour parler sports et médias. Et on y retrouvera tel quel son style tranquille. « [Le metteur en scène] Serge Denoncourt m’a dit qu’il avait décidé de ne pas travailler avec moi parce qu’il aimait beaucoup mon absence d’énergie… »

     

    Chacun conserve le créneau qui fait sa force : le socio-politique pour Fred Savard, la culture pour Jean-Sébastien Girard, avec Jean-Philippe Wauthier à l’animation et « Fabien [Cloutier] qui est un peu bizarre là-dedans ». Comment l’intrus s’intègre-t-il ? « Moi, je ramasse les vrais sujets : l’environnement, la philosophie, la religion, les avancées technologiques, rétorque-t-il. Mais c’est l’angle de traitement qui compte. C’est souvent là que j’essaie de surprendre, ou d’avoir l’air d’arriver de nulle part. »

     

    Chacun a d’abord écrit ses propres textes. Mais les compères ont davantage travaillé ensemble pour unifier le spectacle qu’ils ne le font à la radio. Ce qui offre une grande différence avec une émission dont l’un des atouts loge dans la spontanéité des réactions. « Déjà, je ne nous trouve plus drôles après avoir entendu les gags 10 000 fois, blague Olivier. Je pense qu’on va laisser une petite place à l’improvisation, pour surprendre nos collègues de temps en temps. »

     

    Liberté totale

     

    Déjà connue pour son ton caustique, la bande de La soirée pourra encore plus se lâcher « lousse » sur scène, estime Olivier Niquet. « Moi je me sens un peu plus libre, uniquement pour une question de langue. Pas qu’on soit censurés à Radio-Canada, mais il y a quand même un niveau de langage à respecter. » Même dans la foulée de l’affaire Mike Ward, où l’on se questionne beaucoup sur les limites de l’humour, la scène « continue d’être l’un des derniers remparts de liberté, je vais oser dire totale », affirme Fabien Cloutier. « Moi, à partir du moment où quelqu’un veut que sa morale à lui devienne celle de tous, j’ai un petit problème. »

     

    L’humoriste d’Assume ajoute par contre que le récent débat a semé un malentendu sur « la judiciarisation des contenus à la télévision ». « Ce qui a été beaucoup entendu, c’est que les humoristes veulent conserver la liberté de rire du pauvre, du petit. » Des groupes qui, contrairement aux puissantes organisations, n’ont pas d’avocat pour envoyer des mises en demeure. « Et c’est de ça que les compagnies d’assurance ont peur. Alors, c’est tout à fait le contraire : ce sont ceux qui ont le pouvoir et l’argent qui utilisent la machine juridique pour faire taire des gens. »

     

    La « gang » radiophonique a déjà connu sa propre controverse, autour d’une blague sur les habitants de Québec — dont certains le leur ont bien rendu en chahutant leur première présence scénique l’été dernier, expérience dont le quatuor s’est souvent lui-même gaussé. Et si La soirée est (encore) jeune a la réputation dans certains cercles d’émission montréalo-gauchisante, le ridicule y est généralement bien partagé. « Je pense qu’on tire pas mal sur tout le monde, incluant nous, tempère Olivier. En réalité, on n’est pas si à gauche. On est davantage contre la bêtise. Et ça adonne souvent qu’elle est à droite… » Dans Prédictions 2017, Fred va se moquer par exemple de tendances comme les « histoires d’appropriation culturelle et de micro-agressions », donc d’une certaine rectitude politique.

     

    Le spectacle « ne sert pas d’autre cause que celle de faire rire », assure le Beauceron Fabien Cloutier. « Sûrement que nos opinions y transparaissent, mais j’espère qu’on réussit à faire un humour inclusif, que personne dans la salle ne se sente juste conforté. » Et que chaque spectateur se sente confronté à un moment, plutôt que de seulement rire des autres. « C’est lorsque les publics se mêlent que ça devient très intéressant. »

     

    Cet élargissement du public au-delà des fans semble inévitable : les collaborateurs de La soirée sont désormais partout, et leur spectacle est épaulé par la machine très grand public de Juste pour rire — d’où émane le projet. Ils sont donc rendus mainstream ? « Un peu, quand même », concède Olivier Niquet, grâce à toutes ces ramifications extérieures.

     

    Sans pourtant que ça altère, affirme-t-il, le ton mordant de leurs productions communes.

     

    Pince-sans-rire, le chroniqueur note par ailleurs qu’une promotion deux pour un de Juste pour rire propose des billets pour leur spectacle et le Slava’s Snowshow. Alors, si vous aimez les gentils clowns…

    Prédictions 2017
    Idéation : Luce Rozon. Script-édition : Pierre Huet. Mise en scène : Serge Denoncourt. Production de Juste pour rire. Spectacles du 16 au 25 janvier, au Théâtre Saint-Denis.












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