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    Théâtre

    Humour sacrilège

    16 novembre 2016 | Marie Labrecque - Collaboratrice | Théâtre
    Hugo Giroux dans «Les ossements du Connemara».
    Photo: Pierre Charbonneau Hugo Giroux dans «Les ossements du Connemara».

    Après son jouissif L’Ouest solitaire présenté en 2013, le Théâtre Bistouri retourne dans l’Irlande folklorique et inventée, trempée dans l’humour bien noir de Martin McDonagh. Deuxième partie de la Trilogie de Leenane, Les ossements du Connemara tourne autour d’une occupation pour le moins singulière : déterreur de cadavres. Mick (Hugo Giroux, imposant) est en effet chargé de faire de la place dans le cimetière encombré de sa paroisse. Ce qui signifie, ce jour-là, de devoir déplacer le corps de sa propre femme, morte dans l’automobile qu’il conduisait ivre. Un décès qui, sept ans plus tard, alimente toujours les soupçons d’un policier (Pierre-Luc Brillant) se fantasmant en Colombo. Était-ce vraiment un accident ?

     

    Le dramaturge irlandais a pris son temps pour installer son intrigue — plutôt mince —, qui démarre lentement. Il semble surtout s’affairer à peindre un univers présentant, sous l’humour, un fond désespéré, violent, et ultimement désoeuvré. Ses personnages boivent (beaucoup) et entretiennent des conversations à la fois triviales et absurdes. Par exemple, est-il pire de mourir noyé dans son urine ou de s’étouffer dans ses vomissures ?

     

    La pièce n’a pas la force cruelle ou la profondeur tragique de celle qui avait amorcé la trilogie, il y a exactement vingt ans : La reine de beauté de Leenane. Mais les comédiens y trouvent des personnages assez cocasses, aux dialogues parfois savoureux. Tels la grand-mère ratoureuse campée par Danielle Proulx (en remplacement de Micheline Lanctôt qui avait dû se désister en raison d’un conflit d’horaire) ou le petit-fils volubile et pas trop futé, incarné avec conviction par Marc-André Thibault. Le metteur en scène Sébastien Gauthier a su donner une dimension incarnée à ce monde-là, rendu sur la scène du Prospero dans une ambiance sombre et sinistre appropriée. La scénographie impressionnante de Jessica Hart divise ainsi l’espace en deux : une pièce dominée par un immense foyer et la montagne de terre formant le cimetière.

     

    Surtout, Les ossements du Connemara débouche sur une scène tout à fait jubilatoire, dans son caractère exutoire face à la mort. Un geste transgressif qui s’accomplit sous une image de Jésus-Christ. Dans cet environnement où la religion est à la fois omniprésente dans les discussions (bien qu’on ne voie jamais le personnage du prêtre) et impotente devant les actes de ses fidèles, disons que le rituel de l’enterrement est soumis à un traitement franchement irrévérencieux. Sans vendre le punch, on n’avait probablement pas vu, depuis Hamlet, une utilisation aussi marquante de crânes humains au théâtre…

    Les ossements du Connemara
    Texte : Martin McDonagh. Traduction : Marc-André Thibault. Mise en scène : Sébastien Gauthier. Une production du Théâtre Bistouri. Jusqu’au 26 novembre, au théâtre Prospero.












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