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    Théâtre

    La version triste de nous-mêmes

    Le premier spectacle de la compagnie Tableau noir va droit au coeur

    5 novembre 2016 | Christian Saint-Pierre - Collaborateur | Théâtre
    «Le terrier» est une vraie réussite.
    Photo: Éva-Maude tc. «Le terrier» est une vraie réussite.

    Heureusement qu’il y a des metteurs en scène et des traducteurs comme Jean-Simon Traversy, Frédéric Blanchette et David Laurin pour nous faire découvrir le meilleur de la dramaturgie états-unienne contemporaine, étrangement peu présente sur nos scènes. Alors que ce théâtre nous ressemble tant, sur le fond comme dans la forme, qu’il nous rappelle à quel point nos moeurs sont nord-américaines, mais aussi à quel point nos joies et nos drames ne sont pas moins riches à explorer à la scène parce qu’ils sont vécus par des êtres dits nantis.

     

    Dans Le terrier, la bouleversante pièce de l’États-Unien David Lindsay-Abaire présentée ces jours-ci au Théâtre Denise-Pelletier, dans une mise en scène admirablement sobre de Jean-Simon Traversy, il est question du deuil dans une famille de la classe moyenne. Le deuil d’une mère, d’abord, puis celui d’un père, d’une tante, d’une grand-mère et même du jeune homme qui doit se pardonner d’avoir frappé l’enfant unique avec sa voiture.

     

    Le deuil provoqué par la disparition d’un être cher est une chose mystérieuse, comme « une brique dans la poche », une lente et douloureuse épreuve, un processus qui bouscule tout, remet tout en question. C’est précisément ce cheminement que donne à voir et à ressentir la pièce de Lindsay-Abaire, ici traduite avec une justesse peu commune dans une langue québécoise par Yves Morin.

     

    Sur un plateau surélevé, presque nu, débarrassé desobjets du quotidien, magnifiquement balayé par la lumière, les comédiens n’ont que les mots et les silences, que l’essence de leur art pour nous émouvoir. Le « théâtre de cuisine » prend alors des proportions tragiques. Si bien que la représentation acquiert un caractère cathartique. Impossible, en effet, de ne pas entrelacer nos propres deuils à ceux des personnages, plus vrais que nature. Impossible de ne pas pleurer nos morts, passés ou à venir.

     

    En quelques répliques seulement, Sandrine Bisson nous fait complètement oublier le personnage interprété au cinéma par Nicole Kidman. Sa Becca est solide, elle serre les dents, mais elle menace à tout instant de voler en éclats. Frédéric Blanchette est tout aussi impressionnant dans le rôle du père. Les face-à-face du couple sont à couper le souffle. Dans cet alliage de comique et de gravité dont elle a le secret, Pierrette Robitaille est parfaite. Finalement, chapeau à Rose-Anne Déry et André-Luc Tessier, parce qu’ils complètent la distribution avec talent, mais aussi parce que le premier spectacle de leur compagnie est une vraie réussite.

    Le terrier
    Texte : David Lindsay-Abaire. Traduction : Yves Morin. Mise en scène : Jean-Simon Traversy. Avec Sandrine Bisson, Frédéric Blanchette, Rose-Anne Déry, Pierrette Robitaille et André-Luc Tessier. Une production de la compagnie Tableau noir. À la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier, jusqu’au 19 novembre.












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