Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    Théâtre

    On a mis quelqu’un au monde

    «Doggy dans gravel», du Théâtre Kata, puise à toutes les armes du sixième art pour livrer un spectacle sensible, souvent jouissif

    21 septembre 2016 | Simon Lambert - Collaborateur à Québec | Théâtre
    On s’amuse ferme, devant «Doggy dans gravel» ; la pièce pousse toutefois plus loin que le seul amusement.
    Photo: Cath Langlois Photographe On s’amuse ferme, devant «Doggy dans gravel» ; la pièce pousse toutefois plus loin que le seul amusement.

    Au-delà des cabrioles, des insultes des personnages et des rires qu’elle tire, la pièce frappe avant tout par son langage coloré, vivant. Le texte d’Olivier Arteau, qui assure également la mise en scène, s’embête peu de rectitude. Son côté cru flirte avec le Moins que zéro d’Ellis et matérialise, par une langue sans fard, une génération élevée dans le regard des écrans ; qui cherche, aussi, et qui a faim.

     

    Ils ont 17 ans : une troupe scoute, notamment, à l’accoutrement joyeusement décalé. Las des boîtes de chocolat et du porte-à-porte, ils se rabattent sur leur cellulaire et sur un après-bal de fond de rang, avec pour but ultime de « frencher ». Il y a un groupe de filles, aussi, un frère et une soeur, leur mère. La pièce avance à coups de plans, presque des sketchs, à tour de rôle les comédiens prendront le devant de la scène.

     

    Et c’est là un autre élément remarquable de Doggy dans gravel : l’esprit de corps. Les interprètes, dans un jeu exigeant, livrent des interprétations souvent physiques, parfois bestiales, intenses. Il y a de la rage dans le texte, et le spectacle s’en saisit.

     

    L’investissement individuel est certes énorme, la somme des engagements porte toutefois le spectacle à un autre niveau. Les onze interprètes font corps, aidés par une mise en scène dynamique et bellement inventive, des chorégraphies tribales, de nombreux appels au corps. Plus que des comédiens, c’est tout un groupe qui a été dirigé par un metteur en scène ici chef d’orchestre ; il s’en dégage une proposition d’une grande cohérence.

     

    Par-delà la dérision

     

    L’humour et la truculence qui allègent l’ensemble, sans doute, s’émoussent dans le dernier tiers d’une pièce assez longue (120 minutes). On sera alors plus sensible au maniérisme, aux excès du jeu.

     

    Le portrait reste néanmoins puissant. À travers ses essais, à gauche et à droite, Doggy dans gravel cherche à interroger un certain rapport au monde, et y parvient. Au-delà des anecdotes pathétiques qui se multiplient, la pièce isole la difficulté de faire sens.

     

    Les parties génitales sont largement sollicitées, nommées toutes les deux phrases ; on y revient, comme un trou. Or, plus que la facilité des recours scatologique et sexuel, cette accumulation impose le constat d’un vide nommé par le texte, mais rendu manifeste par la scène : les noeuds au ventre d’une génération qui prend les réponses qu’on lui a laissées, qui trouve surtout YouTube et le Web… et le couple à faire comme un repère inévitable.

     

    Au-delà du portrait se déploie finalement une critique de ce qu’une génération laisse à la suivante. La nécessité de s’accoupler est érigée par les personnages en point de mire, on sent des êtres neufs qui pourtant ne trouvent qu’à répéter ce qu’ils ont vu et qui balise leurs possibles. Des femmes qui essaient d’avoir l’air de femmes, des hommes qui cherchent à être des hommes, et la tristesse conséquente à pareil enfermement.

    Doggy dans gravel
    Texte et mise en scène : Olivier Arteau. Avec Ariel Charest, Gabriel Cloutier Tremblay, Miguel Fontaine, Nadia Girard, Angélique Patterson, Steven Lee Potvin, Vincent Roy, Dayne Simard, Nathalie Séguin, Sarah Villeneuve-Desjardins et Jean-Philippe Côté. Une production du Théâtre Kata, à Premier Acte jusqu’au 1er octobre.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.