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    Juste pour rire

    Les grandes dames du rire

    À Mad in Québec, Francine Lareau salue les pionnières de l’humour au Québec

    16 juillet 2016 |Manon Dumais | Théâtre
    Un an après «Chus pas connue (encore !)», Francine Lareau s’amène avec son deuxième spectacle solo.
    Photo: Michel Hannequart Un an après «Chus pas connue (encore !)», Francine Lareau s’amène avec son deuxième spectacle solo.

    Francine Lareau n’a pas la langue dans sa poche. Chaque année, elle demande aux organisateurs du festival Juste pour rire pourquoi on trouve moins de femmes que d’hommes dans la programmation. « J’ai donc décidé de parler des filles, car des filles, il y en a eu, il y en a encore et il y en aura toujours », lance-t-elle au bout du fil.

     

    Un an après Chus pas connue (encore !), Francine Lareau s’amène avec son deuxième spectacle solo, Merci Manda, La Poune, Dodo, Denise, Clémence et tant d’autres !, où elle salue celles qui ont marqué l’histoire de l’humour au Québec.

     

    Devoir de mémoire et leçon d’histoire, ce spectacle est le fruit de nombreuses recherches auxquelles s’est livrée l’unique femme du volet « Mad in Québec ». « Ce n’est pas une thèse de doctorat, mais un spectacle pour se souvenir de ces femmes oubliées. En plus de les découvrir, les jeunes apprennent un bout de notre histoire. Certains spectateurs, dont des profs d’université, m’ont même écrit qu’ils avaient honte d’avoir snobé aussi longtemps ces femmes-là. »

     

    L’humour, bastion du sexisme ?

     

    Alors que Francine Lareau rodait son spectacle en région, d’ex-étudiantes de l’École nationale de l’humour lui ont suggéré d’y aller afin de parler aux étudiants des Manda Parent, Rose Ouellette (La Poune), Juliette Pétrie et compagnie puisqu’aucun professeur ne le fait. Sexiste, le milieu de l’humour ?

     

    « Les jeunes femmes humoristes ne considèrent pas que l’humour soit un boys’ club, mais moi, je considère que ce l’est encore. Encore cette année, il n’y a pas une femme qui anime toute seule un gala. »

     

    Si en 2016 les femmes se font plus rares que les hommes en humour et qu’on continue à les ghettoïser, comme au festival ComediHa ! où on leur a dédié un chapiteau cet été, on peut imaginer les difficultés qu’ont rencontrées les dames du burlesque il y a un siècle.

     

    « Ces femmes-là ont tenu tête à leur famille, au clergé, à la société. Juliette Pétrie et La Poune ont été les premières femmes à gérer un théâtre en Amérique du Nord. Quand La Poune dirigeait le Théâtre National, elle n’avait pas 30 ans et les femmes n’avaient pas encore le droit de voter au Québec. »

     

    Du haut de leur chaire, les curés de l’époque interdisaient à leurs ouailles, surtout les femmes, d’assister aux spectacles de burlesque, sous prétexte que les propos qu’on y tenait étaient grivois.

     

    « Ils disaient que les femmes qui s’y produisaient étaient de mauvaise vie. Il fallait être courageux pour aller voir ces spectacles-là, auxquels assistaient surtout des ouvriers. Ce n’est qu’en 1940 que les femmes ont eu le droit de voter — comme leur mari ! — au Québec. Forcément, ces femmes-là étaient féministes ; souvent, elles avaient une famille, moins nombreuse que les familles moyennes, et gagnaient leur vie. Ces filles-là avaient du guts ! Rien ne les arrêtait ! »

     

    Femmes d’hier et d’aujourd’hui

     

    Outre les pionnières du début du XXe siècle, Francine Lareau salue celles qui ont révolutionné l’humour dans les années 1960 : Dominique Michel, Denise Filiatrault et Clémence DesRochers.

     

    « Dodo et Denise s’inspiraient du duo qu’avaient formé Juliette Pétrie et La Poune. Denise a eu une carrière extraordinaire ; c’est la première à avoir fait un monologue, la première à avoir chanté le premier rôle dans une comédie musicale. Clémence a toujours été en avance de son temps. C’est elle qui a créé la première comédie musicale au Québec, Le vol rose du flamant, en 1964. C’est la première à avoir fait des shows féministes. Clémence, c’est notre richesse nationale, la plus touchante et la plus percutante de tous les artistes qu’on a eus au Québec. »

     

    Et qu’en est-il des femmes humoristes aujourd’hui ? Bousculent-elles à leur tour l’humour ? Que racontent-elles sur notre société ? « Je ne crois pas qu’elles révolutionnent l’humour et je ne crois pas non plus que ce soit leur mandat. Avant d’analyser ce que les femmes disent, il faudrait les laisser parler. » Et vlan !

     

    Enfin, comment se porte l’humour au féminin ces derniers temps ? Long soupir au téléphone… « Il faut que les filles continuent à travailler fort comme l’ont fait Manda, La Poune et Juliette Pétrie. Les Katherine Levac, Mariana Mazza et Virgine Fortin sont là grâce à elles. Si ces jeunes femmes peuvent être vulgaires et faire des jokes de vagin, c’est grâce à Cathy Gauthier, qui rame depuis 15 ans en gardant son style. Ça ne va pas aussi vite qu’à l’époque de Manda, mais on continue d’avancer ! » conclut Francine Lareau dans un éclat de rire contagieux.

    Merci Manda, La Poune, Dodo, Denise, Clémence et tant d’autres !
    À la Place des Arts, salle Claude-Léveillée, les 20, 21 et 22 juillet, à 18 h 30.












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