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    Petit train va loin

    Le Petit Théâtre du Nord continue à proposer du théâtre estival différent

    15 juin 2016 | Marie Labrecque - Collaboratrice | Théâtre
    Sébastien Gauthier et Mélanie St-Laurent du Petit Théâtre du Nord
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Sébastien Gauthier et Mélanie St-Laurent du Petit Théâtre du Nord

    Chaque été, le Petit Théâtre du Nord prend le pari de la création et, partant, de la diversité. En privilégiant délibérément une alternance dans les genres de comédie qu’elle présente, la compagnie fondée en 1998 dans les Basses-Laurentides mise sur la curiosité des amateurs de théâtre. « On va à l’encontre de tout ce qui se fait en ce moment, remarque Sébastien Gauthier. Les théâtres d’été essaient de toujours reproduire le même type d’humour parce qu’ils savent que leur public aime ça, et qu’ils ne veulent pas le brusquer. Nous, on fait le contraire ! » Le triumvirat de directeurs refuse aussi d’embaucher des vedettes dans l’unique but d’attirer les foules. « Les spectateurs viennent au Petit Théâtre à cause de la production, et non des gros noms qui y jouent. »

     

    Rencontrés dans un studio montréalais où ils répètent Chinoiseries (recette du désordre), Mélanie St-Laurent et lui assurent pourtant qu’il existe une « alternative » dans l’offre estivale. « De plus en plus de gens essaient de faire du théâtre d’été différent, estime le comédien. Je pense qu’on a été un peu les précurseurs de ce mouvement — à petite échelle, bien sûr. Sinon, il n’y a pas eu tant de changements dans les gros théâtres. Dans la tête des producteurs, la mentalité demeure que le théâtre d’été, c’est un endroit pour faire de l’argent. Alors que ce n’est plus vrai. »

    Les théâtres d’été essaient de toujours reproduire le même type d’humour parce qu’ils savent que leur public aime ça, et qu’ils ne veulent pas le brusquer. Nous, on fait le contraire!
    Sébastien Gauthier
     

    Les heures de gloire de ce mode de divertissement sont terminées. Érodé par l’immensité de l’offre culturelle gratuite durant la saison chaude, le théâtre d’été vit une décroissance, aux prises avec le vieillissement d’un public qui ne se renouvelle guère et que les compagnies ont donc peur de perdre. Résultat : « les théâtres ne veulent pas prendre de risque. Pourtant, si Martin Drainville, Luc Guérin et Benoît Brière montaient ensemble la création d’un auteur québécois, ça marcherait ! » pense Sébastien Gauthier. (Les trois populaires acteurs produisent plutôt l’éprouvé Drôle de couple au Théâtre du Vieux-Terrebonne, cet été.)

     

    Choc des valeurs

     

    Le Petit Théâtre du Nord, lui, mise sur Chinoiseries (recette du désordre) d’Isabelle Hubert. L’auteure de La robe de Gulnara signe là un texte réaliste, « qui joue toujours entre la comédie et le drame ». Un souper entre frère (Daniel Parent) et soeur (Marie-Hélène Thibault), chacun accompagné de leur conjoint, dégénère en conflit de valeurs lorsque l’un des couples annonce son intention d’adopter une petite Chinoise. Et de complètement refaire la maison familiale. Quelle est la place des traditions, du patrimoine, à une époque où tout change si vite ? « On est tellement bombardés par la nouveauté, note Mélanie St-Laurent. La pièce traite vraiment de ça : cette société où tout bouge, où il n’y a plus d’acquis et où on ne sait pas trop où l’avenir va nous emmener. »

     

    Certains s’adaptent, tandis que d’autres personnages s’accrochent aux rites traditionnels, tel le baptême, mais sans trop savoir pourquoi. « On ne se pose pas les vraies questions, constate Sébastien Gauthier. Nous-mêmes, on a trois enfants, et les deux premiers ont été baptisés. Mais pourquoi ? Ça faisait déjà 10 ans qu’on n’allait plus à l’église… »

     

    Selon sa partenaire, Chinoiseries est d’autant plus intéressant que la pièce décrit ce questionnement sans parti pris. « Il n’y a pas de morale. Tout le monde est pris avec ses convictions, ses valeurs, sans qu’un personnage ait raison, et l’autre tort. »

     

    Mine de rien, depuis Enfantillages de François Archambault qu’ils avaient proposé à La Licorne en 2013, le Petit Théâtre du Nord se fait de plus en plus présent à Montréal « en saison ». Le Rideau vert a présenté La grande sortie, tandis que l’automne prochain, la Compagnie Jean-Duceppe reprendra le spectacle de 2015, le savoureux En cas de pluie, aucun remboursement. Des coproductions sont aussi prévues pour le 20e anniversaire.

     

    Tout ça découle d’une volonté de prouver que ces pièces peuvent exister en dehors des « carcans » souvent dévalorisés du théâtre régional, saisonnier. Et de genre. « Notre pari, c’est de faire de la comédie sans s’empêcher de traiter de toutes sortes de sujets difficiles : la mort, la maladie… explique Mélanie St-Laurent. La comédie permet de glisser doucement des thèmes poignants, sans que le spectateur s’y attende, et de créer un contact direct avec lui. »

     

    Le duo ne croit pas à cette cloison étanche existant entre les saisons. « Parfois on prend les spectateurs pour des épais, dit Sébastien Gauthier. Mais ce n’est pas vrai qu’un public estival désire uniquement se débrancher le cerveau… »

    Chinoiseries (recette du désordre)
    Texte : Isabelle Hubert. Mise en scène : Michel-Maxime Legault. Avec Sébastien Gauthier, Daniel Parent, Marie-Hélène Thibault et Mélanie St-Laurent. Du 17 juin au 19 août, à Blainville.












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