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    Critique théâtre

    Vertige de l’amour

    Autopsie d’un couple qui cherche à s’approcher de la parentalité

    10 mars 2016 |Fabien Deglise | Théâtre
    Maxime Denommée et Sophie Cadieux mettent en mouvement un fascinant vertige de l’amour.
    Photo: Suzanne O'Neill Maxime Denommée et Sophie Cadieux mettent en mouvement un fascinant vertige de l’amour.
    Critique
    Des arbres
    Texte : Duncan MacMillan. Traduction : Benjamin Pradet. Mise en scène : Benoît Vermeulen.
    Avec : Sophie Cadieux et Maxime Denommée. La Petite Licorne, jusqu’au 30 avril.

    Ce ne sont pas que Des arbres qui sont exposés en ce moment sur les planches de la Petite Licorne à Montréal. C’est toute une forêt, magnifique, luxuriante et complexe en même temps. Une forêt reposant sur un terreau riche d’un texte puissant, d’une distribution symbiotique et d’une mise en scène qui extrait une incroyable densité dans le dépouillement. Une forêt, en un mot, sublime.

     

    Dans cette production de La Manufacture, où le décor se résume à un hublot lumineux et deux bouteilles d’eau, tout a été laissé aux mots du dramaturge britannique Duncan MacMillan et à l’interprétation remarquable de Sophie Cadieux et Maxime Denommé qui mettent en mouvement, en une heure vingt, ce fascinant vertige de l’amour, cette autopsie d’un couple qui cherche à s’approcher de la parentalité avec cette surconscience du soi propre à certains trentenaires de notre temps.

     

    Il y a de la tension dans l’air, de l’attraction de corps, du rejet, des cris, de l’emportement, de l’angoisse, de la tendresse, mais surtout une étonnante précision dans cette mise à nue des sentiments qui animent un homme et une femme bouleversés par l’évocation d’un enfant.

     

    Redoutable narration

     

    L’impulsion est donnée dans la file d’attente des caisses d’un IKEA. La suite logique des choses est portée par une narration redoutable, tendue, qui puise son carburant dans la finesse de ses ellipses et la maîtrise de ses débordements et de ses introspections. C’est le grand souffle de deux vies trop conscientes d’elles-mêmes et de leur environnement, le cri d’une génération à la charnière du temps, troublées par la mise en commun de leurs solitudes, le râle sibilant de deux « je » placés devant l’angoisse d’un « nous ». Montée pour la première fois en 2011 à Londres, Des arbres a comme titre original Lungs (traduction : poumons). Avec raison.

     

    Ballet humain

     

    Entre les personnages, l’air se fait condensé, riche et salutaire, puis soudainement rare, tapé et toxique, dans un va-et-vient continu et éclatant nourri par les deux comédiens qui mettent ici leur complicité de longue date au service de ce ballet humain réflexif. Les arbres, ils tournent autour pour délimiter une forêt de sens et de représentations dont le chaos fascine, dont les convulsions captivent, dont l’équilibre dans la dissonance se laisse contempler, avec au final, face à cette nature humaine agitée et tellement vraie, une envie irrépressible de dire : merci !

    Des arbres
    Texte : Duncan MacMillan. Traduction : Benjamin Pradet. Mise en scène : Benoît Vermeulen. Avec : Sophie Cadieux et Maxime Denommée. La Petite Licorne, jusqu’au 30 avril.












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