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    Théâtre

    Une histoire de jalousie un peu trop rohmerienne

    16 janvier 2016 |Fabien Deglise | Théâtre
    Il y a de la force et du charme dans cette production pleine de fraîcheur.
    Photo: Yves Renaud Il y a de la force et du charme dans cette production pleine de fraîcheur.

    La forme rencontre parfaitement le fond. Tout est en attraction impossible, à l’image de cet amour interdit entre Pelléas et Mélisande, dans ce chef-d’oeuvre du théâtre symboliste que le Théâtre du Nouveau Monde (TNM) fait assembler en ce début d’année sur ses planches par le dramaturge Christian Lapointe.

     

    Les dualités sont nombreuses : entre la lecture du texte et parfois sa mise en jeu, entre l’art vivant et la vidéo, qui finit par devenir un personnage de cette pièce, entre l’esprit du Moyen Âge et celui d’un présent criant et pimpant, entre intensité du jeu et ruptures calculées qui visent parfois à surligner, pour rire, l’hypersymbolisme d’un passage… En près de deux heures, le spectateur est confronté à des composantes narratives pleines d’audace, au décalage terriblement séduisant, mais qui n’arrivent pas au final à former ce tout qui subjugue.

     

    Et pourtant ! Il y a de la force et du charme dans cette production pleine de fraîcheur — la faute sans doute à Sophie Desmarais, délicate en Mélisande — défiant les terrains convenus pour déplacer l’univers très baudelairien de Maeterlinck, où l’esthétique des légendes médiévales est le décor d’un triangle amoureux à la destinée tragique, dans un cadre plus punk, plus numérique, plus fragmenté… On est loin de Debussy, qui a été emballé par cette dramaturgie belge à son époque, mais plus près des tonalités sonores d’un Dead Can Dance, d’un Gavin Bryars ou des Parapluies de Cherbourg — oui, oui ! — et du théâtre d’objets, magnifié ici par des maquettes placées sous l’oeil d’une caméra. On est également face à des relents d’Oxygène, cette introspection roumaine du couple montée par Lapointe au théâtre Prospero en 2013, ou encore de l’univers parfois lourd du cinéaste Éric Rohmer, dont l’esprit est convoqué, sans doute malgré lui, dans plusieurs scènes et quelques segments vidéo.

     

    Et c’est sans doute là le plus gros problème. Malgré une mécanique scénique fascinante, l’objet peine à accrocher le spectateur, qui se fait très vite emporter par la dimension hypertorturée d’un texte évoquant l’impossibilité des sentiments à l’image des logorrhées d’une Maud passant ses nuits à parler de mariage, de morale ou de Blaise Pascal. Cette mise en relief du cérébral un peu trop verbale n’arrive donc pas à se mettre en symbiose avec une scénographie qui cherche à explorer autre chose, plus de poésie, d’extravagance, de folie, faisant de ce mariage entre texte et mise en scène une autre histoire d’amour impossible, dans un mimétisme forcément troublant de l’un avec l’autre.

    Pelléas et Mélisande
    Texte : Maurice Maeterlinck. Mise en scène : Christian Lapointe. Avec : Sylvio Arriola, Marc Béland, Lise Castonguay, Sophie Desmarais, Éric Robidoux, Paul Savoie et Gabriel Szabo. Théâtre du Nouveau Monde, jusqu’au 6 février 2016












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