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    Théâtre

    Sublime illusion d’optique

    16 novembre 2015 |Fabien Deglise | Théâtre
    Simon Beaulé-Bulman et Anne-Marie Cadieux dans «La divine illusion»
    Photo: Yves Renaud Simon Beaulé-Bulman et Anne-Marie Cadieux dans «La divine illusion»

    C’est tout de même incroyable ! Régis Labeaume est là, avec son gros bon sens dans un costume à queue-de-pie ! Les animateurs fienteux des radios-poubelles de Québec aussi, déversant leur médiocrité sur une oeuvre d’art, sur la construction d’une salle de concert, sur une subvention accordée à des artistes !

     

    Sans trop se forcer, on peut même voir des ministres fédéraux coupant dans la science parce que ça ne sert à rien ou remplaçant des toiles de maître par des photos de la reine sur un mur, des abonnés de Facebook affichant dans des commentaires à la syntaxe bancale leur racisme atavique, leur jugement de valeur pas très bien éclairé, leur repli identitaire…

     

    Et pourtant, sur les planches du TNM, l’action se joue en 1905 à Québec : la grande Sarah Bernhardt débarque d’un Pullman pour y présenter une pièce de théâtre, contre la volonté des prélats d’une métropole assez mal dégrossie merci, un jeune séminariste, le grand Michaud, va faire basculer son destin de prêtre en devenir, des curés abusent du p’tit monde, et particulièrement des enfants, dans une omertà de circonstance.

     

    Espace de réflexion

     

    Avec La divine illusion, dont la première francophone a été livrée jeudi soir à Montréal, plus de trois mois après une première apparition dans une traduction en anglais au Festival Shaw de Niagara-on-the-Lake, le duo formé de Michel Marc Bouchard et Serge Denoncourt expose ici ce que le théâtre finalement représente de mieux : un espace de réflexion redoutable, de mise en perspective fascinant du réel en passant par la fiction, un objet hautement critique qui marche délicatement sur le chemin de la subversion, avec cette subtilité rare qui ne peut que laisser des traces durables lorsque, une fois le rideau tombé, l’on s’en éloigne.

     

    Tout est emboîté à la perfection dans cette production dont le texte séditieux plonge dans l’obscurité d’une époque lointaine pour mieux jeter un halo de lumière sur la noirceur du présent. Soumission, asservissement, aveuglement, indolence, complicité, silence coupable, les nombreux déterminants de l’obscurantisme, de l’esclavagisme moderne, de nos petites et grandes contradictions sont tous là, portés par des mots forts et assemblés de manière jubilatoire avec toujours en trame de fond cet humour corrosif.

     

    À un moment donné, il est question, depuis cet hiver 1905, des conséquences délétères de ce poids de l’Église sur la curiosité du peuple, et ce, pour les cent ans à venir. Le rire naît alors, mais il se fait, là comme ailleurs, au fil du récit, parfois jaune.

     

    En 2 h 30 bien tassées et incarnée sans défaut par une distribution solide dans l’ensemble, l’illusion d’être là-bas et maintenant en même temps est troublante, avec en prime le bonheur de se retrouver face à une pièce de théâtre réfléchissant sur elle-même et particulièrement sur le pouvoir de cet espace créatif pour éclairer, comprendre et transformer l’environnement social, politique, culturel dans lequel elle s’inscrit. Fort.

    La divine illusion
    Texte : Michel Marc Bouchard. Mise en scène : Serge Denoncourt. Avec : Mikhaïl Ahooja, Simon Beaulé-Bulman, Annick Bergeron, Luc Bourgeois, Éric Bruneau, Anne-Marie Cadieux, Louise Cardinal, Lévi Doré, Gérald Gagnon, Marie-Pier Labrecque, Dominique Leduc, Laurier Rajotte. Théâtre du Nouveau Monde, jusqu’au 10 décembre.












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