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    Purge folklorique

    Avec Épopée Nord, le Théâtre du Futur propose rien de moins qu’un rituel de guérison collective

    24 janvier 2015 | Alexandre Cadieux - Collaborateur | Théâtre
    Chamans du XXIe siècle, Guillaume Tremblay, Navet Confit et Olivier Morin mijotent une décoction de racines empoisonnées.
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Chamans du XXIe siècle, Guillaume Tremblay, Navet Confit et Olivier Morin mijotent une décoction de racines empoisonnées.

    De toute évidence, ils nous veulent du bien. Chamans du XXIe siècle, Olivier Morin, Guillaume Tremblay et Navet Confit (Jean-Philippe Fréchette, selon les registres de l’état civil) mijotent une décoction de racines empoisonnées intitulée Épopée Nord. Leur Théâtre du Futur reste ainsi fidèle à son mandat : digérer notre passé pour s’halluciner un avenir, question d’éclairer le présent… en rigolant.

     

    Après Clotaire Rapaille, l’opéra-rock et L’assassinat du président, les trois compères nous entraînent encore une fois dans cette république advenue du Québec, faisant face en 2035 à l’un de ses grands fantômes : le sort réservé aux nations autochtones. « La vengeance est douce au coeur de l’Indien », nous prévient-on. À moins que ce face-à-face ne soit l’occasion d’une renaissance par la réalisation de la fameuse prophétie du huitième feu, annonçant la reddition et la guérison spirituelle des oppresseurs d’hier ?

     

    Les trois créateurs seraient-ils eux-mêmes des oracles ? « Un peu, peut-être. Chose certaine, on n’est pas là pour prêcher quoi que ce soit ni pour donner des réponses. Disons qu’on balise un chemin collectif possible pour imaginer ce qui pourrait bien aller et ce qui pourrait être catastrophique ; après, il revient à chacun d’agir en accord avec ses convictions, ses aspirations et son courage », avance Morin. Son collègue Tremblay renchérit : « On propose une vision à long terme. C’est déjà quelque chose, quand on pense au fait que nos politiciens réfléchissent rarement au-delà de la semaine prochaine. »

     

    Leur précédent opus était construit autour de la figure de Gilles Duceppe, le fils d’acteur devenu président du Québec et triste victime d’un attentatà la souffleuse. Si l’enjeu autochtone est éminemment politique, Navet Confit précise que l’approche est ici différente : « C’est plus sous-jacent, je dirais. On est plutôt dans le rituel. On utilise aussi moins de personnalités connues ; les personnages sont davantage des emblèmes, des archétypes. »

     

    Réfléchir à la collectivité

     

    Souhaitant explorer à la fois les fondements sociaux, culturels et spirituels de l’ADN québécoise, Olivier Morin se dit conscient de remuer ainsi un certain tabou. « Ce qui est triste, c’est que ce sont surtout des groupes prônant des formes d’exclusion qui s’arrogent ce type de discours. On peut se sentir aliéné d’un droit à ressentir une appartenance à une collectivité parce qu’on a peur, en l’exprimant, d’être associé à des mouvements de droite identitaires. Nous, on veut se réapproprier une sorte de fierté, de proximité pour tous. »

     

    Cette quête passe notamment par une critique un peu grinçante de tout un attirail folklorique, de la tourtière au rigodon en passant par la cabane au nord du Nord. Guillaume Tremblay dit trouver ce trousseau un peu triste, mais surtout limité : « On oublie qu’on est aussi des descendants de Babylone, de l’Italie, de la France… et des Premières Nations, par le biais d’un métissage qu’on a tellement voulu cacher. On peut avoir accès à ces racines-là, mais ça va prendre une réelle ouverture, un engagement, de la patience… »

     

    Une archéologie des formes

     

    « Notre show demeure un drôle d’exercice, parce que bien qu’on se moque un peu de certaines traditions dont on dit vouloir collectivement se purger, on n’a pas eu le choix de les étudier sérieusement pour bien les comprendre et se les réapproprier dans le spectacle », analyse Olivier Morin. La troupe s’est ainsi livrée à une certaine archéologie des formes que sont par exemple le conte traditionnel, le burlesque et les musiques traditionnelles. À propos de ces dernières, Navet Conflit glisse en riant : « C’est beaucoup plus le fun à jouer qu’à écouter ! »

     

    On associe en effet peu le musicien, architecte depuis 15 ans d’une pop électro polymorphe, aux sonorités du terroir. C’est pourtant lui qui a suggéré à ses comparses d’adopter pour Épopée Nord une approche essentiellement acoustique, avec violons, guitares, percussions… « J’ai beaucoup composé au piano, ce que je fais rarement pour mes propres chansons. L’idée est de se mettre au service du texte, et c’est ce que j’aime aussi du théâtre, où le défi est toujours différent », raconte celui qui, en plus de son implication rétro-futuriste, a contribué musicalement aux pièces Villes mortes, Disparu(e)(s) et Le iShow, entre autres.

     

    « Ça fait aussi partie de notre fameuse purge que de se délester de la technique et du matériel », poursuit Guillaume Tremblay, rappelant que le Théâtre du Futur est né avec un opéra-rock pour ensuite pondre un radio-théâtre aux accents shakespeariens. « Cette fois-ci, c’est pratiquement La soirée canadienne », résume-t-il.

    Épopée Nord
    Texte : Olivier Morin et Guillaume Tremblay. Mise en scène : Olivier Morin. Une production du Théâtre du Futur présentée à la salle Jean-Claude-Germain du Théâtre d’Aujourd’hui du 27 janvier au 14 février.












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