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    Philippe Dumaine met en scène un musée vivant à la mémoire des morts

    Œuvre de mémoire

    17 octobre 2014 10h15 |Christian Saint-Pierre | Théâtre
    For The Aids Museum
    Photo: Julien He?bert For The Aids Museum
    Critique
    Le titre est tout à fait représentatif du spectacle : Propositions For The Aids Museum. Pendant 120 minutes, sept jeunes créateurs talentueux et pleinement investis, dirigés par Philippe Dumaine, vont nous proposer, nous soumettre, comme si nous étions les membres d’un jury chargé de donner naissance à un musée relatant l’histoire du sida, des numéros, des témoignages, des pages d’histoires intimes et collectives. Qu’allons-nous choisir? Qu’allons-nous retenir?

    Certains fragments de cette fresque historique seront informatifs. D’autres, carrément bouleversants. D’autres encore seront désopilants. La plupart seront pertinents. Quelques-uns, un peu moins. Mais c’est secondaire, au sens où la représentation est une courtepointe semblable à celles qu’on a commencé à créer à la fin des années 80 pour rendre hommage aux victimes du sida. L’important n’est pas tant l’individu que la foule, la solidarité, la force du nombre, celle du militantisme.

    Voilà précisément ce à quoi le mémorial fouillé de la compagnie Projets Hybris, présenté à l’occasion du Festival Phénomena, rend justice : la quête de ceux et celles qui ont fait en sorte d’améliorer le sort des victimes du sida. En 2014, alors qu’il est si agréable de penser qu’on ne meurt plus de cette maladie, qu’est-ce que le combat de ceux qui ont vécu la crise peut bien nous enseigner? Qu’est-ce qu’on devrait en garder? Qu’est-ce qu’on devrait s’assurer de transmettre? Bien entendu, le spectacle ne donne pas de réponses, mais il pose très bien les questions.

    Il y a de la musique et des chansons, des discours et des slogans, de la danse et des actions parfois mystérieuses, d’une étrange beauté. On a même droit à une brève entrevue en direct avec un témoin des années sida (différent chaque soir). Il y a nombre d’images, souvent marquantes : celles qu’on dépose sur un écran, poétiques ou historiques, et celles aussi que créent les corps et les objets. Dans les allées et venues du groupe, on sent très distinctement la révolte et l’impuissance, le désir et la rage, la pulsion et la censure.

    Fréquemment, l’ironie perce, désamorçant le tragique, empêchant toute forme de nostalgie ou d’idéalisation de prendre le dessus. C’est probablement la plus belle qualité de cette œuvre de mémoire : s’intéresser au passé tout en gardant constamment un pied dans le présent. En 2014, on ne lutte peut-être plus de la même manière contre le sida, mais on se bat toujours aussi vigoureusement contre la stigmatisation, la discrimination et l’ostracisme.
     
    Propositions For The Aids Museum
    Mise en scène : Philippe Dumaine. Une production de la compagnie Projets Hybris. Aux Écuries, à l’occasion du Festival Phénomena, jusqu’au 18 octobre.












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