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    Traduire une colère

    Contrebandière dramatique, Emma Tibaldo porte à la scène les mots de Fabien Cloutier

    11 octobre 2014 | Alexandre Cadieux - Collaborateur | Théâtre
    « Je me suis promis, lorsque j’ai commencé dans ce métier à 40 ans, de monter le théâtre que j’aime, et c’est tout », affirme Emma Tibaldo.
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir « Je me suis promis, lorsque j’ai commencé dans ce métier à 40 ans, de monter le théâtre que j’aime, et c’est tout », affirme Emma Tibaldo.
    Billy (the days of howling)
    Texte : Fabien Cloutier, traduction anglaise de Nadine Desrochers. Mise en scène : Emma Tibaldo. Une production du Talisman Theatre présentée à La Chapelle du 15 au 25 octobre.

    Fondé en 2005, le Talisman Theatre s’est articulé autour d’un mandat tout à fait inédit dans le paysage théâtral : offrir au public anglo-montréalais un accès à la dramaturgie franco-québécoise contemporaine. Si les pièces de Michel Tremblay ont depuis longtemps leurs entrées au Centaur et au Centre Segal, la compagnie dirigée par Lyne Paquette privilégie les auteurs en pleine ascension, comme Sarah Berthiaume, Olivier Kemeid, Marilyn Perreault et aujourd’hui Fabien Cloutier. À la barre de l’actuelle production : une ancienne journaliste punk-rock convertie à la mise en scène.

     

    Si Emma Tibaldo a remisé il y a quelques années son titre de codirectrice artistique du Talisman afin de prendre les rênes du Playwrights’ Workshop Montréal, elle renoue presque annuellement avec sa complice Paquette, qui signe la scénographie de Billy (the days of howling). La metteure en scène, qui confie ne pas avoir vu la création originale de la pièce montée en 2013 par Sylvain Bélanger, se dit particulièrement sensible aux images et à la poésie de la langue lorsque vient le temps de sélectionner un texte. « Dans nos nombreuses lectures, Lyne et moi privilégions le tragique, on se rejoint beaucoup là-dessus. Je me suis promis, lorsque j’ai commencé dans ce métier à 40 ans, de monter le théâtre que j’aime, et c’est tout. »

     

    Un ancrage montréalais

     

    Ce goût du noyau fondateur de la compagnie pour le tragique se mêle souvent d’une attirance pour les univers poétiques flirtant parfois avec un certain onirisme. Tibaldo trouve-t-elle ce souffle dans l’écriture de Cloutier qui, outre sa forme légèrement chorale, s’ancre surtout dans le réalisme social ? « La dimension poétique se traduit tout particulièrement dans la conception scénique du spectacle, mais aussi dans un travail sur l’oralité. Les personnages de la pièce, je les connais tous personnellement, je les vois comme typiquement montréalais. » D’où l’idée d’insuffler à la traduction anglaise que signe Nadine Desrochers des sonorités langagières témoignant des métissages linguistiques qui ont cours dans la métropole.

     

    Dans Billy (les jours de hurlement), c’est surtout la situation socioéconomique de l’Autre — ou du moins ce qu’on croit en déceler — qui canalise le mépris. Parce que le père du petit Billy affiche une apparence négligée, c’est sans doute un « crisse de B.S. »,et ces gens-là, on le sait bien, ne savent pas élever convenablement leurs enfants, d’où un élan très sincère mais complètement catastrophique pour « porter secours » au bambin. « Ce discours-là contre les gens qui sont d’une classe sociale moins élevée, je l’ai entendu dans toutes les communautés, qu’elle soit francophone, ou italienne, ou espagnole, ou grecque… », raconte celle qui a passé son enfance dans le quartier Saint-Michel, où l’on parlait l’italien à la maison, l’anglais à l’école et le français avec les camarades de jeu des environs.

     

    « Je ne suis pas la première à le dire, cette écriture est aussi très musicale, avec ses trois voix qui se répondent et se complètent. Pour moi, il y a aussi cette énergie très gutturale dans leur colère, qui vient des tripes et que j’associe aux musiques hard core, punk et rock garage qui forment mon background. On n’en entendra pas dans le spectacle, mais ça gronde, ça vient de la même place », poursuit-elle.

     

    Une circulation qui demeure très modeste

     

    Poursuivant un certain nombre d’objectifs communs avec le Centre des auteurs dramatiques, le Playwrights’ Workshop Montréal s’illustre notamment par son soutien apporté à la traduction et à la circulation des oeuvres. Comment expliquer la quasi-absence des auteurs canadiens-anglais sur nos scènes francophones ? « La réponse est évidemment multiple, complexe et périlleuse, avec des implications politiques mais aussi des sensibilités théâtrales qui peuvent être assez différentes », répond celle qui agit à titre de directrice artistique et générale de l’organisme.

     

    « Il y a bien eu des pièces d’auteurs anglo-montrélais, comme Greg MacArthur [Toxique] ou Michael Mackenzie [Instructions pour un éventuel gouvernement socialiste qui souhaiterait abolir la fête de Noël],programmées récemment au Théâtre d’Aujourd’hui, ce qui est formidable, mais ça reste très, très modeste dans l’ensemble et ça me chagrine. » Parmi les auteurs traduits grâce aux soins du PWM et qu’Emma Tibaldo souhaiterait pouvoir partager avec le public francophone, citons des auteurs établis, comme Colleen Murphy et John Mighton (joué une seule fois en français à Montréal) et de nouvelles voix comme Jonathan Garfinkel et Pamela Sinha.

     

    « Le changement sera peut-être générationnel, tient-elle à conclure. À La Chapelle où nous jouons depuis plusieurs années, le public est assez jeune et se retrouve bien dans une programmation qui est très multilingue. Je croise aussi de plus en plus de jeunes anglophones quand je vais voir des productions émergentes en français. Il y a donc un espoir de ce côté. »

    Billy (The Days of Howling)
    Texte : Fabien Cloutier, traduction anglaise de Nadine Desrochers. Mise en scène : Emma Tibaldo. Une production du Talisman Theatre présentée à La Chapelle du 15 au 25 octobre.












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