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    Jeunes publics

    Surfer sur l’avenir

    Le Carrousel aura bientôt 40 ans… et plein de nouveaux projets à ancrer dans la réalité

    13 septembre 2014 | Michel Bélair - Collaborateur | Théâtre
    Suzanne Lebeau, Marie-Ève Huot et Gervais Gaudreault, le trio dynamique derrière Le Carrousel. Huot doit reprendre les rennes de la compagnie en 2017.
    Photo: Michaël Monnier Le Devoir Suzanne Lebeau, Marie-Ève Huot et Gervais Gaudreault, le trio dynamique derrière Le Carrousel. Huot doit reprendre les rennes de la compagnie en 2017.

    Il y a 40 ans, le milieu théâtral québécois était déchiré par une crise profonde (tiens, tiens !)… Une foule de nouveaux projets, de jeunes auteurs, de comédiens et de metteurs en scène fraîchement sortis des écoles n’arrivaient pas à s’exprimer faute de moyens ou d’endroits pour le faire. Pas de sous. Pas de salles.

     

    Le problème de la relève, on le voit, est plutôt endémique chez nous et trouve à se poser de façon plus ou moins différente… « Mais il y avait quand même une énorme différence par rapport à aujourd’hui, raconte Gervais Gaudreault du Carrousel. En 1974-1975, très peu de compagnies proposaient des spectacles aux enfants. En fait, pour des gens comme Suzanne [Lebeau] et moi, qui souhaitaient se consacrer aux jeunes publics, il y avait beaucoup de place pour mettre la table. » C’est dans ce contexte que Le Carrousel a vu le jour, il y a quatre décennies.

     

    Le nez dans la réalité

     

    Suzanne Lebeau rappelle que « la société de l’époque était beaucoup plus ouverte, mais que le théâtre jeunes publics n’était pas très glamour » On peut d’ailleurs suivre sur Internet la chronique qu’elle consacrera jusqu’à la mi-janvier aux 40 années d’existence de la compagnie. Gervais Gaudreault, lui, souligne que le Carrousel a souhaité dès le départ donner priorité au texte en favorisant la création plutôt que la création collective, qui était encore très à la mode. « C’était l’époque de la Révolution tranquille, tout le monde se sentait concerné d’une façon ou d’une autre. Nous, on voulait participer à la création d’une dramaturgie nationale. C’était après le choc des Belles-Soeurs et on sentait qu’il y avait plein de choses à bâtir et tout l’espace du monde pour le faire. »

     

    Le théâtre pour les jeunes publics était alors en pleine ébullition ; les compagnies se multipliaient comme des champignons à la découverte d’un public tout neuf et d’un langage pour l’aborder. Le Carrousel était de tous les combats et des tout premiers regroupements. « Nous nous sentions en phase avec le milieu ; nous nous sommes beaucoup impliqués. La volonté de faire connaître et de diffuser le travail des compagnies a mené à la création de projets structurants pour le milieu comme la Maison Théâtre en 1984, puis de Théâtres unis enfance jeunesse (TUEJ) en 1986. Nous en sommes toujours membres. Pour nous, il était, et il est toujours, important d’ouvrir le théâtre pour jeunes publics à tous les enfants du Québec et de l’étranger aussi. »

     

    En parallèle, Suzanne Lebeau, qui a un véritable coup de foudre pour le public enfant dès 1975, enchaîne déjà les textes importants : Une lune entre deux maisons — traduit en six langues — date de 1979… et la production est présentée lors de la 4e Biennale du théâtre de Lyon dès 1983. Déjà, tous les observateurs ont remarqué, ici comme à l’étranger, que les textes de la codirectrice du Carrousel abordent sans complaisance la réalité pas toujours simple que vivent tous les jours les enfants : la présence des autres, l’absence de la mère ou du père, la solitude, les inégalités, l’autorité, le pouvoir, la violence…

     

    « En commençant à écrire pour eux, dit-elle, je me suis tout de suite posé la question : quoi dire aux enfants ? Les auteurs se censurent souvent quand ils écrivent pour les petits. Pourtant, les enfants ont le nez dans la réalité : ils sont ouverts à tout, ils s’intéressent à tous les sujets parce qu’ils sont dedans et qu’ils ont tout à découvrir. Ils m’ont appris à me donner la permission de parler des choses qui les préoccupent. » Cette ouverture a fait de Suzanne Lebeau un des chefs de file de la dramaturgie pour jeunes publics. Elle est un des auteurs québécois les plus joués à travers le monde : à ce jour, on compte près de 150 productions de ses textes sur quatre continents et ses oeuvres sont traduites en une vingtaine de langues.

     

    Sur le site Internet de la compagnie, on découvre ainsi que « Salvador (1994), présentée entre autres sur Broadway au New Victory Theatre, a connu cinq traductions ; L’Ogrelet, créée en français, en anglais, en italien et en espagnol par le Carrousel, a aussi ses versions allemande, galicienne, grecque, maya, portugaise, russe ainsi qu’en xhosa (Afrique du Sud). Le bruit des os qui craquent, créée par le Carrousel et le Théâtre d’Aujourd’hui (2009), est aussi portée à la scène par la Comédie-Française (2010 et 2011). »

     

    Des projets au cube

     

    Mais il y a aussi et surtout que l’équipe du Carrousel ne s’est pas contentée d’accumuler les succès au fil des années en construisant le répertoire : Gervais Gaudreault, Suzanne Lebeau et compagnie ont opté pour l’avenir. D’abord en choisissant Marie-Ève Huot pour prendre les rênes du Carrousel en 2017 ; elle aura alors connu la compagnie de l’intérieur pendant presque une décennie puisqu’elle y a fait son premier stage à la direction en 2008. Pour elle, il ne s’agit pas d’un « conte de fées », mais bien d’une véritable filiation, d’une parenté assumée avec les vues des fondateurs du Carrousel.

     

    Au fil des dix dernières années, ils se sont également beaucoup investis dans le Cube, le Centre international de recherche et de création en théâtre pour l’enfance et la jeunesse, ce projet fabuleux élaboré avec le Théâtre Le Clou. Comme le souligne Gervais Gaudreault, c’est un projet qui dépasse largement les besoins du Carrousel et qui s’inscrit dans le développement de la discipline… Une autre belle occasion de « mettre la table » en pensant aux enfants.

     

    « C’est un luxe d’avoir un avenir quand on a bâti un passé. » Le mot est de Suzanne Lebeau, mais il décrit l’espèce d’enthousiasme serein qui anime le trio Gaudreault, Lebeau et Huot quand ils parlent d’avenir. Ces trois-là partagent à l’évidence la même vision du rôle primordial du théâtre pour les enfants. En fait, on sent entre eux une telle complicité assumée qu’on est déjà impatient de voir Le Carrousel et Le Clou intégrer leur nouvelle demeure dans l’église Sainte-Brigide-de-Kildare quelque part autour de 2017. On en reparlera sans doute avant de tracer le bilan de l’opération dans 40 ans…













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