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    Théâtre

    Chronique d’une femme annoncée

    17 mars 2014 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Anna P. Femme non rééducable
    Texte : Stefano Massini. Traduction française : Pietro Pizzuti. Textes ajoutés : l’équipe de création. Mise en scène : Olivier Lépine. Avec : Ariane Bérubé, Xenia Chernyshova, Eliot Laprise, Jean-René Moisan, Maxime Perron et Annabelle Pelletier Legros. Une production de Portrait Robot. Chez Premier Acte jusqu’au 29 mars.

    Le 7 octobre 2006, Anna Politkovskaïa, journaliste russe, est assassinée à Moscou. Quelques années plus tard, Stefano Massini colligera notes, interviews, correspondances, textes journalistiques, et érigera autour du combat d’Anna P., désignée comme non rééducable par les souveraines instances politiques, un collage dramaturgique de haut calibre. Théâtre de résistance, de sensibilisation, peu importe comment on le désigne, la pièce Anna P. Femme non rééducable, portée avec intelligence par la troupe Portrait Robot, nous mène là où nous devons être : dans l’humaine présence au monde.

     

    Un plateau central sobre. Deux surfaces qui servent d’écran. Des éléments de décor, accessoires et costumes, dont l’utilisation est maximisée. Tous les espaces, dont ceux de la salle, sont mis à contribution. Il y a du son, du souffle, de l’orchestration, des jeux d’ensemble, des ruptures de ton, des nuances au niveau du jeu physique, de l’interprétation, des retenues, des silences riches, des mouvements de ralenti qui laissent leurs traces, des instants documentaires et des plongées en apnée dans l’histoire. Micros, projections, musiques et lumières font corps avec les acteurs. On est dans Anna P. happé par la cascade de séquences qui se succèdent, déstabilisé par l’intrusion du quiz « Connais-tu ton Poutine », rapatrié par la symbolique qui émerge autour du bassin d’eau, retourné par la légèreté d’une scène « feuilleton » qui, on le comprendra plus tard, est issue d’une fiction télévisuelle propagandiste diffusée à heure de grande écoute sur les ondes de la télévision russe. Mais nous sommes surtout à tout instant dans la pleine force des mots d’Anna, dans son impuissance, et sa perte.

     

    Ils sont six sur scènes, mais se multiplient sous nos yeux. Les trois femmes incarnent Anna. Un choix cohérent qui fait écho à la mise en scène d’Olivier Lépine qui cherche à effacer les frontières entre les corps, les textes, les états, le politique et l’intime, y compris les victimes qui, dans l’anonymat, sont dépossédées d’elles-mêmes.

     

    « Il est impossible de rester sans réagir tandis qu’un long hiver de glace s’installe sur la Russie », écrivait Anna Politkovskaïa. Des mots qui résonnent encore avec l’actuel hiver qui sévit en Ukraine. Des mots qui se font le rappel de tous les villages Potemkine érigés pour affadir la mémoire.

     

    Anna P. chez Premier Acte : un pont humain sur la glace. Un théâtre inspirant.


    Collaboratrice

    Anna P. Femme non rééducable
    Texte : Stefano Massini. Traduction française : Pietro Pizzuti. Textes ajoutés : l’équipe de création. Mise en scène : Olivier Lépine. Avec : Ariane Bérubé, Xenia Chernyshova, Eliot Laprise, Jean-René Moisan, Maxime Perron et Annabelle Pelletier Legros. Une production de Portrait Robot. Chez Premier Acte jusqu’au 29 mars.












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