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    Théâtre

    Marionnettes en exil

    Une brouette suspendue devient dans le temps de le dire une barque à la dérive.
    Photo: Source Talisman Theatre Une brouette suspendue devient dans le temps de le dire une barque à la dérive.
    The Aeneid
    Texte : Olivier Kemeid. Traduction : Judith Miller. Mise en scène : Zach Fraser. Une production de Talisman Theatre. Au théâtre La Chapelle jusqu’au 15 mars.

    Bientôt une décennie que Talisman Theatre poursuit la noble mission de faire découvrir la dramaturgie québécoise contemporaine aux anglophones de Montréal. En 2012, c’était L’effet-Médée, un texte de Suzie Bastien. L’année précédente, on donnait Coma Unplugged, de Pierre-Michel Tremblay. Ces jours-ci, c’est au tour de L’Énéide d’Olivier Kemeid de rayonner dans la langue de Shakespeare. Traduite par Judith Miller, la pièce est mise en scène par Zach Fraser.

     

    Créé à Espace libre en 2007, le texte s’appuie bien entendu sur l’épopée de Virgile, douze chants écrits entre 29 et 19 av. J.-C., eux-mêmes largement inspirés de L’Iliade et de L’Odyssée d’Homère. Pour raconter, tout en les transcendant, les aventures de son père, un Égyptien d’origine libanaise qui a quitté Le Caire en 1952, Kemeid ne pouvait imaginer un plus beau point de départ, une matière première plus appropriée que le déchirant périple d’Énée.

     

    Dans la quête du personnage, fils du mortel Anchise et de la déesse Aphrodite, fondateur d’un royaume à l’origine de Rome et son empire, l’auteur a magnifiquement projeté sa propre histoire et celle de sa famille. Les tribulations de son groupe d’exilés sont à la fois d’hier et d’aujourd’hui, légendaires et cruellement actuelles. Pour épouser ce caractère mythique, cette intemporalité, le metteur en scène du spectacle présenté ces jours-ci à La Chapelle a eu la brillante idée d’employer des marionnettes.

     

    Les figurines, que Fraser a lui-même conçues, sont d’une troublante beauté, étrangement attachantes, et surtout manipulées avec souplesse et conviction par Marcelo Arroyo, Deena Aziz et Chimwemwe Miller. Durant les quelque deux heures de la représentation, on est rivé aux faits et gestes des nombreux protagonistes, à leurs propos tour à tour drôles et tragiques.

     

    Le plateau est parsemé d’objets noircis, les ruines d’une ville brûlée, saccagée. Dans l’évocation des lieux, du camp de réfugiés à la plage d’un Club Med, chaque pneu, bardeau ou baril tient un rôle précis. Les scènes qui se déroulent en mer sont particulièrement réussies. Une brouette suspendue devient dans le temps de le dire une barque à la dérive. L’avancée d’un chariot d’épicerie sur les eaux du Styx est un pur ravissement.

     

    Dans une campagne électorale où les enjeux du vivre- ensemble ont toutes les chances d’être cruciaux, disons que la société de marionnettes établie en ce moment rue Saint-Dominique est pour le moins inspirante.


    Collaborateur

    The Aeneid
    Texte : Olivier Kemeid. Traduction : Judith Miller. Mise en scène : Zach Fraser. Une production de Talisman Theatre. Au théâtre La Chapelle jusqu’au 15 mars.












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