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    Théâtre - Zone revisitée

    8 novembre 2003 |Solange Lévesque | Théâtre
    En 1952, la pièce De l'autre côté du mur, qui était une première ébauche de Zone, obtenait le Prix de la meilleure pièce canadienne au Festival d'art dramatique. L'année suivante, son jeune auteur l'avait retravaillée, inspiré par son équipe de très jeunes interprètes: Guy Godin, Robert Rivard, Hubert Loiselle, Jean Duceppe, Yves Létourneau, Raymond Lévesque, Jean-Louis Paris et Monique Miller dont la carrière a été marquée par le rôle de Ciboulette. En 1953, la production avait décroché tous les prix du Dominion Drama Festival, volet national, tenu dans l'ouest du pays à Victoria. (Les acteurs avaient alors dû assumer les frais du voyage pour aller représenter le Québec en Colombie-Britannique!) On sait comment Marcel Dubé deviendra, par la suite, un auteur prolifique, auteur de pièces aussi fortes que Bilan, Un simple soldat, Au retour des oies blanches, etc.

    Zone raconte en trois actes (le jeu, le procès, la mort) l'histoire d'un gang d'adolescents: Ciboulette, Moineau, Passe-Partout, Tit-Noir et leur chef Tarzan, qui font le trafic de cigarettes américaines pour gagner de l'argent dans l'espoir de réaliser leurs rêves, mais bien un peu, également, pour faire un pied-de-nez aux adultes et à la société. De provenance très modeste, ces jeunes héros décrocheurs squattent une usine désaffectée et agissent en hors-la-loi parce qu'ils sont, au fond, des idéalistes animés de l'envie de changer le monde, d'infléchir le destin de porteurs d'eau et de chômeurs qui les attend.

    La production dirigée par Mario Borges fait mouche. Le metteur en scène a tenu ferme les enjeux de la pièce, laissant paraître sans lourdeur le terreau socio-politique auquel elle s'alimente, tout en mettant l'accent sur la puissance de l'impulsion vitale qui pousse Tarzan jusqu'au geste fatal qui va compromettre sa vie. Il y a bien quelques petits problèmes: certains déplacements et jeux de scène paraissent un peu gauches; la diction (ou un trac mal contrôlé) de Martin Gendron (Passe-Partout) fait que l'on perd du texte en première partie. Mais l'ensemble demeure convaincant et le contenu très riche de l'oeuvre passe la rampe.

    Trente ans plus tard, Zone n'a pas vieilli; sa puissance agit et ses protagonistes touchent; à travers la pureté de leur enthousiasme et la force de leurs rêves, on sent se profiler la prise de conscience d'une identité politique à conquérir. Surtout, la pièce demeure remarquable sur le plan de l'organisation dramatique comme sur le plan de la construction et de l'évolution de personnages attachants, différents les uns des autres et suffisamment affranchis de leur auteur pour exister pleinement. Il suffisait de quelques détails (un cellulaire au lieu d'un téléphone à fil, des vêtements d'aujourd'hui, la liberté avec laquelle les jeunes se touchent) pour l'actualiser sur le plan visuel, ce que Borges a finement réussi en évitant le piège du réalisme. Les interrogatoires au poste de police, par exemple, gardent leur charge symbolique. Les dialogues se développent au rythme de l'action avec un grand naturel, et que l'on connaisse ou devine l'issue de la pièce, on se laisse prendre par l'intensité du suspense. Marie-Anne Alepin (Ciboulette) et Luc Chapdelaine (Tarzan) incarnent ces Roméo et Juliette contemporains avec beaucoup de sensibilité. Il faut souligner le jeu de Martin Fréchette, particulièrement émouvant dans son personnage de Moineau, ainsi que le choix de la trame sonore. On ne peut que dire Bravo! à la jeune compagnie Kléos pour avoir choisi de retourner à cette oeuvre fondatrice de la dramaturgie québécoise.












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