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    Théâtre

    Un détour qui vaut le chant

    20 février 2014 | Sylvie Nicolas - Collaboratrice | Théâtre
    On reprend le chemin de l’éternelle itinérance de l’enfance, on joue à vivre, à aimer, à repousser la mort, à être adulte, à regarder tomber comme des cailloux les désenchantements et la perte d’innocence.
    Photo: Gabriel Talbot-Lachance On reprend le chemin de l’éternelle itinérance de l’enfance, on joue à vivre, à aimer, à repousser la mort, à être adulte, à regarder tomber comme des cailloux les désenchantements et la perte d’innocence.
    Détour de chant

    Collage-montage de textes : Geneviève Tremblay.
    D’après les romans de Réjean Ducharme.
    Mise en scène : Jean-Sébastien Ouellette.
    Musique : Patrick Ouellet.
    Avec : Joëlle Bond, Paul Patrick Charbonneau, Véronika Makdissi-Warren, Patrick Ouellet, Claudiane Ruelland, Nicola Franck-Vachon et Stéphane Caron.
    Une production du théâtre Campe.
    Présentée à Premier Acte jusqu’au 1er mars.

    Sans prendre le spectateur par la main, sans lui imposer une façon d’être, de ressentir, de voir, d’entendre, Détour de chant, à l’affiche à Premier Acte, recrée l’univers de Réjean Ducharme avec la plus désarmante simplicité. Loin de l’éblouissement, de l’artifice ou de l’hommage, on se retrouve le coeur collé à celui des personnages.

     

    On reprend le chemin de l’éternelle itinérance de l’enfance, on joue à vivre, à aimer, à repousser la mort, à être adulte, à regarder tomber comme des cailloux les désenchantements et la perte d’innocence. On sait que Ducharme dit vrai : il est possible dans l’oeil de l’autre d’être plus beau, plus belle, qu’un arbre. D’apprendre à aimer par coeur.

     

    Dès l’entrée en salle, on respire. Et quand les acteurs, les pieds campés sur un pavé de livres, laissent place aux premiers mots et au premier chant, on s’abandonne à la proposition. Un très habile collage de textes, une scénographie qui s’inspire largement des oeuvres visuelles de Roch Plante (l’autre visage de Ducharme), et une mise en espace qui épouse l’esprit de la lettre en misant sur une théâtralité, loin d’être naïve, qui emprunte aux jeux d’enfants. Les musiques de Patrick Ouellet vont dans le même sens. Accordéon, piano, guitare, chants chorals ou rythmiques (la scène des cuillers martelant les conserves) concourent à évoquer le côté bon enfant des interprétations, le coeur languissant de l’amoureux qui épouserait toutes les femmes rencontrées, avec parfois, ça et là, des échos qui ne sont pas sans rappeler la douce folie des Compagnons de la chanson.

     

    Créée en 2011, lors de l’édition de Québec en toutes lettres consacrée à Réjean Ducharme, Détour de chant se déploie librement en salle d’un espace de jeu à l’autre. De la ruelle au bar, de l’arbre rabiboché à la vitrine du magasin (où perpétrer le vol de la robe de mariée crochetée pour faire face à la mort), de la chambre à coucher au téléphone public, à la lueur d’une lampe torche, des multiples abat-jour et autres trouvailles d’éclairage, tout vise à recréer l’intime, le personnel, la nuit, le jour, l’ombre et la lumière qui nichent au coeur des personnages ducharmiens et de leur langage.

     

    Et si certains se sentent frileux à l’idée de devoir vivre un spectacle déambulatoire, Détour de chant fait tomber toute résistance.

     

    Difficile de ne pas céder au charme de Réjean Ducharme, à ce qui envoûte quand on fréquente son oeuvre. Particulièrement difficile de refuser d’être doucement avalés par ce théâtre qui convie ses acteurs et ses spectateurs à jouer les « enfantômes ».

    On reprend le chemin de l’éternelle itinérance de l’enfance, on joue à vivre, à aimer, à repousser la mort, à être adulte, à regarder tomber comme des cailloux les désenchantements et la perte d’innocence.












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