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    Théâtre

    Leblanc: serviteur de nombreux maîtres

    25 janvier 2014 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Jean-Michel Girouard et Charles-Étienne Beaulne
    Photo: Nicola-Frank Vachon Jean-Michel Girouard et Charles-Étienne Beaulne
    Arlequin, serviteur de deux maîtres
    Texte : Carlo Goldoni. Mise en scène : Jacques Leblanc. Avec Marc Auger, Charles-Étienne Beaulne, Emmanuel Bédard, Joëlle Bourdon, Frédérique Bradet, Marie-Hélène Gendreau, Jean-Michel Girouard, Simon Lepage, Maxime Perron, Patric Saucier. Une production du Théâtre de La Bordée. À La Bordée jusqu’au 15 février.

    Québec — Premières lumières, premiers mouvements et la chose se confirme, Arlequin, serviteur de deux maîtres, à l’affiche à La Bordée, s’impose comme l’illustration de la mystérieuse alchimie entre le talent, l’intelligence et l’art du jeu. On connaît le savoir-faire de Jacques Leblanc, sa maîtrise des classiques, et on garde en mémoire ses fabuleux Menteur et Locandiera du même Goldoni, mais la mise en scène qu’il signe ici s’impose comme un véritable morceau d’anthologie. Bref, un Leblanc qui a su faire de chaque ficelle tirée une pièce de haute lisse.

     

    Tout, dans ce Goldoni, rend hommage à l’écriture, au texte, à la commedia dell’arte, à l’interprétation individuelle et polyphonique (chère au maître). Bien que les rires fusent à faire fondre les glaces les plus entêtées, on retire de l’Arlequin de Leblanc, bien à l’écart de la facilité et du simple divertissement, un précieux esprit de troupe et sa plus-value, de remarquables jeux d’acteur.

     

    On a beau se trouver dans le XVIIIe siècle vénitien, dans l’articulation de quiproquos somme toute banals, on est d’abord et avant tout face à une production qui échappe à la poussière des époques et à la fixité sur la ligne du temps. Les costumes (Denis Denoncourt) empruntent au baroque, au cirque, aux univers manga, rappeur, au dandy, à la commedia ; le plateau, avec ses portes, ses paliers, conjugue tous les possibles ; les éclairages, ciblés, précis, et les musiques de Marc Vallée scellent l’ensemble dans chacune de ses judicieuses variantes.

     

    On se prend à souhaiter ne rien dire d’autre aux comédiens que merci, un merci qui témoignerait de ce que leur présence confère de force au théâtre quand la rencontre a lieu. Impossible de leur redonner à chacun ce qu’ils méritent, mais le Pantalone (Bédard) de mes rêves était là, plus qu’espéré, comme l’étaient l’exquis Dottore de Saucier, le duo Silvio-Clarice (Girouard et Gendreau) et la vive incarnation de Béatrice (Bradet). Des rôles de serviteurs renouvelés et loin d’être secondaires, un jeune premier qui garde le cap et un Arlequin (Beaulne) planchiste, follement dément, qui pousse les limites du personnage hors des sentiers du prévisible et quand il le devient, il réussit infailliblement dans ses solos à maintenir captif le plus récalcitrant des spectateurs.

     

    Un impeccable Arlequin à La Bordée qui sert plusieurs maîtres : Goldoni, le théâtre et nous.

     

    Collaboratrice













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