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    Théâtre - La mince frontière entre vie et mort

    11 novembre 2013 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Frontières
    Texte d’Isabelle Hubert, mise en scène Jean-Philippe Joubert, avec Nancy Bernier, Joëlle Bond, Chantal Dupuis, Christian Essiambre, Hugues Frenette, Christian Michaud, Patrick Ouellet, une coproduction du Théâtre de la Bordée et de La Compagnie dramatique de Québec, présentée au Théâtre de la Bordée jusqu’au 30 novembre 2013.

    Comme des milliers de migrants, Telma et son fils tenteront, au péril de leur vie, de franchir la frontière qui les sépare du père de Paco et du désir légitime de trouver la liberté en sol américain. Frontières, d’Isabelle Hubert, tisse une vaste toile où le hasard, le meilleur et le pire accouchent d’une réalité assassine.

     

    Frontières renoue dans le ton et l’esprit avec La robe de Gulnara (2010) : un désir d’explorer l’injustice, la misère, l’exil, la peur, la violence, la survie. Le projet est ambitieux et s’appuie sur les horreurs bien réelles qui jalonnent les territoires mexicain et étatsunien.

     

    Le décor évoquant le wagon de train se prête intelligemment aux changements de lieux et d’action. Plutôt que d’avoir recours aux noirs, Jean-Sébastien Ouellette privilégie l’enjambement des tableaux, un choix éclairé, qui altère la temporalité et le rythme, accentue les enchaînements et impose une symbolique qui, au final, trouve son zénith.

     

    Moins convaincante dans le premier volet, Frontières déploie ses forces dramaturgiques dans le second, et redonne à ce qui a précédé cohérence et vigueur. C’est par la reprise de la séquence des évènements et la bifurcation du récit que les personnages et leur quête accouchent de sens. L’effet qui s’étend aux interprétations (toutes plus soutenues en deuxième partie) et aux choix de mise en scène engendre un double mouvement : le destin devient un cruel maître de jeu, la situation s’écarte de l’illustration et revêt le manteau social et politique.

     

    Les tensions les plus dramatiques nous viennent de l’infernal duo Raoul (Michaud)/Fabio (Ouellet), des scènes qui ébranlent la mince frontière entre vérité et mensonge, bien et mal, vie et mort ; les moments plus légers, du couple Frenette (Dustin)/Bernier (Kacey Rose), qui nous renvoie l’image de deux Américains, parole empathique à la bouche, appareil photographique au cou et carabine à la main.

     

    Aux frontières de l’épopée, de la fable et du document, la création à l’affiche à la Bordée puise également à l’auge de l’espoir qui se compte en levers de soleil et qui fait de l’autre une source où s’abreuver ou un désert de sable mouvant qui risque de tout avaler. La dernière avancée sur scène illustre de belle façon la foi qui anime les clandestins, les migrants, les sans-papiers de ce monde.

     

     

    Collaboratrice













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