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    La Roulotte reprend la route

    Saint-Gabriel-de-Brandon a assuré la remise à neuf du théâtre pour enfants roulant de Paul Buissonneau

    25 juillet 2013 |Fabien Deglise | Théâtre
    La Roulotte, l’originale, a diverti les jeunes Montréalais pendant près de 35 ans.
    Photo: Archives Ville de Montréal La Roulotte, l’originale, a diverti les jeunes Montréalais pendant près de 35 ans.

    Elle avait été « mise au clou » dans l’indifférence. Elle revient dans la discrétion.

     

    Près de 25 ans plus tard, La Roulotte, l’originale, reprend la route, au départ de la petite ville de Saint-Gabriel-de-Brandon, dans Lanaudière, qui en a assuré le renippage. Paul Buissonneau et une époustouflante liste de jeunes talents devenus icônes y ont diverti la jeunesse montréalaise pendant plusieurs décennies avant qu’elle ne soit retirée de la circulation. Il s’agit d’une deuxième vie improbable pour cette pièce de patrimoine, extirpée d’un boisé de la région il y a trois ans et qui retrouve sa première vocation, à plus de 100 km de l’endroit où elle a déployé sa scène une première fois pour Pierre et le loup. C’était en 1953. 

     

    « Je suis plus qu’heureux que cette vieille roulotte revienne à la vie après toutes ces années, grâce en plus à une petite municipalité qui n’a pas beaucoup d’argent, mais beaucoup de vision, résume à l’autre bout du fil, avec le verbe fort qu’on lui connaît, le créateur de Picolo. Ironiquement, le Cirque du Soleil a cherché à l’acquérir il y a quelques années, mais il a reculé au dernier moment, après avoir débarqué à 10 chez moi, avec une chef qui faisait la gueule, et en disant surtout que cela allait leur coûter trop cher à rénover. Les cons ! »

     

    Toute une histoire

     

    Le décor ne pouvait pas être mieux posé. C’est qu’à l’image de ce que La Roulotte a transporté pendant près de 35 ans, le renouveau de celle-ci - remplacée dans les années 1980 par une plus moderne toujours en service l’été sur l’île de Montréal - ne pouvait qu’avoir des tonalités dramaturgiques. « Ç’a été toute une histoire, relate Gaétan Gravel, maire de Saint-Gabriel, rencontré la semaine dernière par Le Devoir aux côtés de l’imposante voiture. Elle était abandonnée depuis des années sur le terrain de M. Buissonneau, qui a une maison dans la région. Il a fallu bûcher des arbres autour pour y avoir accès et surtout trouver à la hâte un vieux tracteur dans les alentours capable de s’y accrocher pour la sortir, le pivot d’attelage n’étant plus aux normes des camions actuels. » Forcément.

     

    À ce moment, le rideau se lève alors à peine sur sa nouvelle aventure. Premier acte : un bichonnage en règle de 240 heures, histoire de lui redonner ses couleurs d’origine, un rayé rouge et blanc très circassien, mais également pour mettre son système d’essieux et de freinage, son pivot et ses ferrures en harmonie avec la réglementation en cours. « Maintenant, elle a son attestation du ministère des Transports », s’enorgueillit Michel Saint-Laurent, directeur général de la Ville, en contemplant avec fierté la bête, placée en ce mois de juillet dans l’aréna municipale pour ses dernières retouches.

     

    « On a également refait tout l’intérieur, arrêté la prolifération de la rouille en dessous, changé les mécanismes d’ouverture des portes, ajoute Daniel Quirion, directeur technique du projet, un vieux de la vieille du monde du spectacle qui a côtoyé Rock et Belles Oreilles, le milieu de La p’tite vie et qui a récemment mis son talent au service de La voix. C’est une petite jeunesse désormais. »

     

    Une nature retrouvée

     

    Petite jeunesse. L’image n’aurait pu être mieux choisie pour cette roulotte qui, dans ses premières heures, s’est ouverte sur cette tranche de la population pour les divertir. Buissonneau, mais également Clémence DesRochers, Yvon Deschamps, Robert Charlebois, Marcel Sabourin, Jean-Louis Millette, Julien Poulin, Marie Eykel ont, entre autres grands, foulé ses planches amovibles et évolué dans ses décors gigognes. Et en 2013, en revenant dans la nature, La Roulotte ne va surtout pas perdre la sienne avec, en guise de deuxième acte, une tournée qui va la conduire dans plusieurs villes de la région, où elle se prépare à livrer au public sa nouvelle création : Le tour du monde en 80 jours, adaptation de 90 minutes pour théâtre pliable du bouquin de Jules Verne. Marrant : le bien nommé acteur Bruno Piccolo - avec deux c, toutefois - y incarne l’inspecteur Fix.

     

    La première a lieu ce jeudi à Saint-Gabriel. Puis suivront Saint-Didace, Repentigny, Lanoraie, Sainte-Marcelline, Berthierville et même Mandeville, le 10 août prochain, où La Roulotte va devenir, pour une soirée, le théâtre d’un hommage rendu à Paul Buissonneau et à l’institution roulante qu’il a mis au jour dans les belles années de l’affirmation culturelle du Québec. « Julien Poulin - un vieux chum - et Chloé Sainte-Marie ont leur nom sur l’affiche », résume Maryse Drainville, de la troupe de théâtre Advienne que pourra, qui pilote désormais, à l’invitation de la Ville de Saint-Gabriel, la nouvelle destinée de La Roulotte.

     

    « On a dépensé 25 000 $ pour la rénover à ce jour, dit le maire Gaétan Gravel quand on l’amène sur le terrain vulgaire de l’argent. Mais c’est plutôt un investissement. On cherche depuis des années des façons de relancer notre économie locale et on est persuadés que la culture est un des leviers à notre disposition pour le faire. »

     

    Au loin, Daniel Quirion se met un peu à rêver, tout en dirigeant un groupe d’une dizaine de jeunes dont le travail d’été cette année consiste à assurer le bon fonctionnement et le déploiement de l’ambitieux décor transporté par le véhicule. Big Ben doit sortir du véhicule, comme bien d’autres marqueurs d’espace contenus dans l’oeuvre frénétique de Verne. « Cette pièce de théâtre, c’est un début, lance-t-il. Le maire ne le sait pas encore, mais moi, j’imagine déjà plus : je la vois même très bien au coeur d’un festival de théâtre de maisons de jeunes qui pourrait prendre racine à Saint-Gabriel et s’imposer ici chaque année autour de cette roulotte. »

     

    On imagine facilement un souffleur dans son trou en train de le dire : le métal, les vis, les portes, l’éclairage, les roues ont été réhabilités. Et du coup, l’esprit et l’ambition de La Roulotte, aussi.

    La Roulotte, l’originale, a diverti les jeunes Montréalais pendant près de 35 ans. La rénovation de La Roulotte a coûté jusqu’à maintenant 25 000 $ à Saint-Gabriel-de-Brandon, qui y voit toutefois un investissement pour relancer l’économie locale.












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