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    Carrefour de théâtre - En voie d’apparition

    6 juin 2013 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    La troisième mouture d’Où tu vas quand tu dors en marchant ? était encore plus lumineuse.
    Photo: Francis Gagnon La troisième mouture d’Où tu vas quand tu dors en marchant ? était encore plus lumineuse.

    Québec — Deux volets des Chantiers – constructions artistiques et Où tu vas quand tu dors en marchant ?, spectacle déambulatoire sous la coordination de Frédéric Dubois, sont présentés dans le cadre du Carrefour international de théâtre.


    Difficile désormais d’imaginer le Carrefour international de théâtre de Québec sans le volet consacré aux œuvres en voie d’apparition. Les chantiers, constructions artistiques et laboratoires, heureuse initiative de la compagnie de création tectoniK, valent qu’on s’y attarde.
     

    Impossible de les couvrir toutes, mais mentionnons tout de même Norge, une proposition où l’auteur et acteur Kevin McCoy met le cap sur l’histoire de sa grand-mère qui, à 14 ans, quitte sa Norvège natale pour s’installer aux États-Unis. Le charme naturel de McCoy est contagieux. À peine amorce-t-il la genèse de sa quête que déjà sa grand-mère est la nôtre, que nous voici tous de descendance norvégienne, liés au lointain village des origines. Il est dans sa démarche et hors d’elle avec la même aisance. Sa complicité avec Esther Charron, la légère dérive de ses mains sur le corps de la pianiste, son dos collé au sien, tout cela pourrait paraître mièvre, mais McCoy est irrésistible et nous naviguons tranquillement avec lui vers l’œuvre à venir.
     

    Si l’avancée de McCoy transforme le lieu en salon familial, on doit affirmer que White Cube, de Gabriel Plante, va dans le sens opposé. Sa structure cubique agit comme un isoloir et maintient captifs en son centre deux orphelins de sens, rejetons de l’obsédante solitude, qui accouchent d’une glossolalie compulsive et circulaire. On ne résume pas l’enfermement qui force la pensée à se replier sur elle-même et la spirale des émotions qui modifie les angles du cube délimitant l’espace des protagonistes. L’interprétation fléchissante et réussie d’Hubert Lemire rappelle la cage d’escalier d’Escher, alors que celle de Jocelyn Pelletier rejoint le grésillement et l’éclatement des ampoules électriques en survoltage.

     

    Finalement, on ne peut passer sous silence la troisième mouture d’Où tu vas quand tu dors en marchant ?, qui était encore plus lumineuse. Avec sa parade d’acteurs orchestrée au rythme des fluctuations boursières, sa jouissive folie du Mourir tous les jours, son envoûtante forêt désenchantée, où les personnages de contes prennent leur revanche sur le destin, cette marche dans la nuit, pluie chagrin ou pas, nous redonne la conviction d’être vivants et d’avoir cueilli des instants d’éternité, acrobatiques et sensoriels. On sort de là apaisés, ravis, profondément reconnaissants pour les maquillages (parfaits), pour ce chant d’opéra (émouvant), ne voulant plus faire autre chose que d’être au carrefour de tous les théâtres.



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