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    Une force de frappe insoupçonnée

    4 juin 2013 |Sylvie Nicolas | Théâtre

    La grande et fabuleuse histoire du commerce

    Une création de Joël Pommerat, collaboration artistique Philippe Carbonneaux.
    Avec Patrick Bebi, Hervé Blanc, Éric Forterre, Ludovic Molière, Jean-Claude Perrin.
    Une production de la Compagnie Louis Brouillard.
    Dans le cadre du Carrefour international de théâtre de Québec, au Théâtre de la Bordée, les 2, 3 et 4 juin. Aussi au Festival TransAmériques les 7 et 8 juin à la Maison Théâtre

    On dit de la voix de Joël Pommerat qu’elle est unique, et de sa signature visuelle qu’elle est reconnaissable. La grande et fabuleuse histoire du commerce en témoigne par son infinie richesse de sens, de sentiments, d’émotions, de réflexion, et s’impose finement, tableau par tableau, avec une solidité déconcertante au coeur même de la nécessité de l’art.

    Conçue en deux parties, qui se font le reflet de deux époques, la proposition explore avec brio la nature même des rapports marchands, l’enrégimentement qui prévaut à son exercice, et l’insidieuse mécanique de persuasion qui repose sur la vulnérabilité ciblée des clients potentiels. Si les méthodes de trappe assurant la levée des collets à la fin des années 1960 diffèrent de celles qui ont cours de nos jours, la logique marchande - son recours à la manipulation des uns garantissant le succès des autres - demeure. Ce sont donc ces deux temps d’exploitation que trace cette Fabuleuse histoire du commerce qui, de l’un à l’autre, dévoile sans jugement de valeur, sans condamnation, l’ensemble des fragilités humaines qui sont en cause. Nous voici dans le social et le collectif, dans l’articulation sourde et pourtant criante des petites trahisons quotidiennes, dans ce qui retient le coeur en otage, à la fragile lisière du vrai, du réel.


    Le texte intelligent, incisif, parfaitement dosé, autant par son humour que par sa vérité, opère par strates et il nous est redonné avec un naturel et une rare authenticité de jeu. L’exécution des changements successifs de lieux pourrait susciter l’envie des prestidigitateurs et les images ainsi créées et recréées sont autant de moments mémorables. Ombre et lumières, noirs et lueurs, univers sonore (et cette magnifique voix chantée) ponctuant l’évolution des tableaux, ne se résument pas à l’ajout en texture scénographique, mais constituent eux aussi un langage en soi. Malgré les quelques ratés d’éclairage, qui ont certes déçu cette magistrale cohorte d’acteurs, rien, absolument rien, de l’oeuvre ou de leur interprétation ne s’en est trouvée entachée.


    On sort de la pièce de Pommerat rassurés. Nous ne sommes pas seuls. Le spectaculaire et le divertissement n’exercent pas ici leur emprise. Nous sommes bel et bien dans l’acte théâtral, « pénétrés » par son essence. Face à une oeuvre achevée qui n’a d’autre visée que le vivant dans ce qu’il a de plus trouble et de plus touchant. Dans une grande et fabuleuse histoire de nos valeurs les plus ébranlées.













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