Théâtre - Cinq femmes dans le placard
L’amour, la mort et le prêt-à-porter
Écrit par Nora et Delia Ephron, d’après le livre d’Ilene Beckerman.
Traduction : Danièle Lorain.
Mise en scène : Denise Filiatrault.
Au Théâtre du Rideau vert jusqu’au 1er juin.
Écrite par Delia et Nora Ephron (cette dernière étant l’auteure de scénarios comme La brûlure et Quand Harry rencontre Sally, qui tablent sur l’observation de moeurs et les rapports hommes-femmes), L’amour, la mort et le prêt-à-porter cache sa profondeur sous l’apparente frivolité de son sujet : la « guenille ». Or, comme quiconque appartenant à la gent féminine ou la fréquentant de près vous le dira, un vêtement pour elle, c’est toujours plus qu’un vêtement. C’est le rapport à la mère, c’est le rapport au corps, ce sont une foule de complexes larvés ou proéminents, c’est le temps qui passe. C’est une kyrielle de contraintes physiques arbitraires dictées par la mode et par l’histoire.
Pierrette Robitaille, Valérie Blais, Adèle Reinhardt, Geneviève Schmidt et Tammy Verge se partagent une série de choeurs et de monologues tour à tour tendres et caustiques, souvent très drôles. Car on rit ferme pendant ce spectacle qui déboule à ce rythme cher à la metteure en scène Denise Filiatrault, c’est-à-dire effréné. Geneviève Schmidt (Lucienne dans Thérèse et Pierrette à l’école des Saints-Anges) se révèle d’ailleurs particulièrement hilarante. Son sens de la mimique et sa gouaille naturelle conjugués à un timing impeccable engendrent certains des plus gros éclats de rire.
Entre Prada et Beauvoir
Pour autant, les deux ou trois virages dramatiques qui émaillent l’ensemble gagneraient à être mieux négociés. Censés toucher, ces passages (dont un viol) tombent un peu à plat. Sans doute le rodage fera-t-il son oeuvre. Autre élément plus ou moins concluant : l’arrière-scène habillée de mannequins de couture sur lesquels on projette tenues et motifs de tissus. Le dispositif semble plaqué, en cela qu’ici, le texte se suffit à lui-même. Un fond noir ou uni aurait permis au spectateur de projeter sa propre image des vêtements décrits avec force détails par les actrices. Plutôt que de rehausser la parole, le décor l’atténue.
Dans ses meilleurs moments, L’amour, la mort et le prêt-à-porter rappelle sur le mode comique qu’en effet, « on ne naît pas femme, on le devient ». La pièce clôt la saison 2012-2013 du Théâtre du Rideau vert. Il s’agit au final d’un bon choix de la part de Denise Filiatrault, qui continue d’allier accessibilité et qualité. Pour mémoire, la directrice artistique et metteure en scène déclarait en entrevue au Devoir la semaine dernière : « C’est une pièce qui s’adresse aux femmes. » Sauf le respect que l’on doit à la grande dame, on serait tenté d’ajouter : « Ainsi qu’à tous ceux qui s’intéressent à elles. »







