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Portrait de l’artiste en martyr

7 mai 2013 | Alexandre Cadieux | Théâtre
Sans rien enlever au travail des interprètes principaux, c’est aux élans et aux émois du chœur que l’on s’attache.
Photo : Yves Renaud Sans rien enlever au travail des interprètes principaux, c’est aux élans et aux émois du chœur que l’on s’attache.

Le chant de Sainte Carmen de la Main

Texte : D’après Sainte Carmen de la Main de Michel Tremblay. Livret, paroles et mise en scène : René Richard Cyr. Musique : Daniel Bélanger. Une production de Spectra Musique et de B14 Productions présentée au Théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 22 juin, suivie d’une tournée québécoise en 2014.

Sanctifiée par le peuple, crucifiée par le pouvoir, Carmen Brassard, fille de la rue Fabre, enfant de Marie-Louise et Léopold, soeur de la bigote Manon, aura commis le crime de croire au potentiel de l’art comme outil de transformation sociale. Si son royaume est un bar cheap du boulevard Saint-Laurent et ses apôtres les marginaux, prostituées et travestis qui le peuplent, si ses paraboles sont chantées sur des airs western, ce portrait de l’artiste en martyr prend les couleurs d’une cérémonie pop aux accents tragiques.

Belles-soeurs, première collaboration musicale entre le metteur en scène René Richard Cyr et le compositeur Daniel Bélanger sur une pièce de Michel Tremblay, était un party, festif bien qu’empoisonné. Le chant de sainte Carmen de la Main relève davantage de la messe, avec ses prières et ses méditations, ses récitatifs et ses hymnes, son prêche qui a le mérite de ne pas se faire trop ostentatoire.


Bélanger communie cette fois au gospel et au chant liturgique plutôt qu’à la soul, épice maîtresse de Belles-soeurs : moins de vers d’oreille ici, mais une force d’élévation, encore un peu engoncée vocalement en cette première semaine sur la scène du Théâtre du Nouveau Monde.


Mal reçue à sa création en 1976, l’oeuvre originale de Tremblay en impose davantage par sa forme tragique que par sa force dramatique. Ainsi, dans sa version théâtre musical, peu de réels échanges entre les personnages sinon les affrontements entre Carmen (Maude Guérin) et son patron-amant Maurice (Normand D’Amour), notamment ce pivot crucial en forme d’ultimatum : contente-toi des bluettes qui incitent les clients à boire, ou gare à toi. Outre quelques monologues - fulgurante France Castel, taillée sur mesure pour jouer Gloria l’ex-gloire locale -, le spectacle fait surtout se succéder les grands chants d’amour et de pure dévotion.


Dès lors, et ce, sans rien enlever au travail du quintette d’interprètes principaux complété par Évelyne Gélinas et Benoît McGinnis, c’est aux élans et aux émois du choeur que l’on s’attarde et s’attache. Moins divisée en sous-clans que dans la pièce originale, moins mesquine qu’ailleurs chez Tremblay, la faune bigarrée de la Main, à l’étroit dans une scénographie à mi-chemin entre le bar et le studio, n’en offre pas moins les meilleurs moments de la représentation, comme cette « Chanson d’amour endormie dans une taverne », grande scène de reconnaissance stupéfiée de soi-même dans la chanson-miroir tendue par Carmen.


La lecture plus spectaculaire que politique ou critique que propose Cyr atteindra sans doute sa pleine efficacité au fil des représentations, le tout sonnant encore relativement sage. Si Le chant de sainte Carmen de la Main demeure plus susceptible d’émouvoir que d’agiter, il n’en pose pas moins d’indémodables questions sur le potentiel de l’individu à inspirer l’action collective et sur les mécanismes de violence et de désinformation dont peuvent user les autorités en place pour maintenir le statu quo.

 

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