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    Théâtre - Pantins et humains

    2 mai 2013 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    La magistrale distribution qui anime la pièce Les enrobantes, de Pupulus Mordicus, ne peut que soulever l’admiration.
    Photo: Vincent Champoux La magistrale distribution qui anime la pièce Les enrobantes, de Pupulus Mordicus, ne peut que soulever l’admiration.

    Les enrobantes, cabaret décolleté pour psychanalyste plongeant

    Texte : Marie-Christine Lê-Huu d’après une idée originale de Pierre Robitaille. Mise en scène : Bertrand Alain. Avec : Martien Bélanger, Valérie Laroche, Frédéric Lebrasseur, Véronika Makdissi-Warren, Patrick Ouellet, Pierre Robitaille. Une production du Théâtre Pupulus Mordicus. Au Trident jusqu’au 18 mai.

    Faust, pantin du diable, première production du Pupulus Mordicus, portait déjà les présages d’une fructueuse fréquentation entre l’humain et ses fantômes. Le deuxième pas dramaturgique de la troupe, la pièce Les enrobantes, cabaret pour psychanalyste plongeant (créée en 1997) fait le saut dans l’inconscient de Freud et flirte avec la mise en lumière de ce qui lie l’homme à son double et à son trouble. La proposition de Marie-Christine Lê-Huu, avec pour toile de fond la Vienne des années 1930, constitue un fertile terreau où le pantin et l’humain peuvent à loisir repousser les limites de l’irrévérence et de la fable, et s’adonner au grand jeu de la vie, de la scène et de la mort. Reprise cette année, Les enrobantes confirme l’incroyable talent de ses acteurs/manipulateurs et des musiciens en présence, mais sa mise en place dans un espace aussi vaste que celui qu’offre la scène du Trident semble par moments lui retirer une partie de son souffle.


    Cohérence oblige, tout repose sur la notion de double : Freud et lui-même par l’autoanalyse, Freud et son épouse Martha, qui tente de saisir pourquoi le petit moineau de son homme bat de l’aile, Mélanie Klein et Karl Gustav Jung, les deux échappés de l’asile et les deux soldats nazis, clown et magicien, Mme Guste et la très attachante Lola. Idem pour les lieux cabinet et cabaret, ou pour le divan du psychanalyste qui trouve son prolongement dans le lit conjugal. Le jeu bouffon, impudent et coquin, épouse la mécanique de la farce et du burlesque, mais perd parfois en rythme, malgré l’adresse et l’habileté de ses interprètes, pour atteindre des sommets de maîtrise - comme dans cette fabuleuse scène des bulles de savon - ou dans ces corps à corps réussis où les manipulateurs sont en quelque sorte les pantins du jeu.


    Malgré un éclairage déficient en ouverture et certains liens plus diffus ou plus relâchés entre les scènes, on a droit à des instants lumineux parmi lesquels on trouve une Martha débridée et une Lola en voix et en présence plus vraie que vraie. Si la finale nous offre le saisissement dramatique des wagons en route pour les camps et des valises à quai, il manque là aussi la décantation qui aurait assuré le passage entre la furieuse folie du comique et sa délicate, mais nécessaire montée vers le tragique.


    Reste que Les enrobantes de Pupulus Mordicus enrobe, que son décolleté théâtral est pigeonnant, et que la magistrale distribution qui l’anime ne peut que soulever l’admiration.

     

    Collaboratrice













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