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Théâtre - Les ailes du désir

30 avril 2013 | Christian Saint-Pierre | Théâtre
Le matin où un jeune homme échevelé et presque nu fait sa mystérieuse apparition dans le bureau, la digue cède, laissant se manifester la véritable et pas toujours reluisante personnalité de chacun, dans la pièce Survivre.
Photo : Yanick Macdonald Le matin où un jeune homme échevelé et presque nu fait sa mystérieuse apparition dans le bureau, la digue cède, laissant se manifester la véritable et pas toujours reluisante personnalité de chacun, dans la pièce Survivre.

Survivre

Texte : Olivier Kemeid en collaboration avec Eric Jean. Mise en scène : Eric Jean. Au Théâtre de Quat’Sous du 23 avril au 18 mai.
 

Cleaning, une courte pièce de Simon Lacroix, est présentée en lever de rideau les vendredis à 19 h et les samedis à 16 h.

S’appuyant sur un texte d’Olivier Kemeid, la nouvelle création d’Eric Jean ne se contente pas de dépeindre l’aliénation par le travail, elle entreprend de nous donner à voir et à entendre ce qui se cache sous les soupirs d’exaspération de six ouvriers rivés à leur bureau. Survivre est un spectacle qui cultive le mystère, nous entraîne dans les interstices du réel, sous les apparences, de manière à cristalliser la soif d’amour, d’affection et de reconnaissance de l’homo bureauticus en son bagne.


Le premier tiers de la représentation est consacré à camper le sextuor et sa routine : un manège désopilant. Sous la lumière blafarde des néons, les jours se suivent et se ressemblent. Il y a la rondelette qui chantonne avec conviction, la filiforme qui ne jure que par le taï-chi, la contrôlante qui refuse de vieillir, le mâle renfrogné, la vieille fille germophobe et la timide pathologique. Une galerie de personnages archétypaux interprétés avec les nuances qui s’imposent par une distribution dont la disparité sert le propos.


S’il y a dans cette portion du spectacle des ressorts comiques un peu usés qui conviendraient mieux à la saison estivale, lesdits procédés permettent surtout d’éviter le pathos et d’établir un franc contraste avec la suite des événements. À vrai dire, chez chacun de ces individus, quelque chose ne demande qu’à sourdre. Des pulsions sont freinées, des désirs, refoulés, et des instincts, ignorés. On croirait des volcans sur le point d’entrer en éruption.


Le matin où un jeune homme échevelé et presque nu fait sa mystérieuse apparition dans le bureau, la digue cède, laissant se manifester la véritable et pas toujours reluisante personnalité de chacun. Livrés à de puissantes attirances, cherchant par tous les moyens à séduire le visiteur angélique, à recevoir sa bénédiction, les collègues se font proies et prédateurs. Un à un, victimes de la colère et de la cruauté des autres, ils seront évincés de la compétition, privés d’une vie meilleure.


Les réalisations d’Eric Jean ont toujours fait la part belle au rêve et à l’inconscient. Avec sa douce étrangeté, ses ombres et ses silences sur lesquels le spectateur doit nécessairement projeter quelque chose de son propre imaginaire, Survivre n’échappe pas à la règle. Reste que la poésie de cette nouvelle création est plus lisible que ce à quoi le metteur en scène nous a habitués. Il est aussi hautement appréciable que le discours qui sous-tend l’oeuvre ne soit pas manichéen. Ainsi, quand le rideau tombe, une question subsiste : est-il réellement possible aux êtres humains de vivre ensemble et en harmonie tout en répondant à leurs désirs profonds ?


 

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