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    Théâtre - La saisissante image du père

    20 avril 2013 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Souhaitée, désirée, feinte ou exacerbée, la folie se manifeste chez ce Hamlet que livre Jean-Michel Déry avec le tranchant de la dague, la finesse de la lame qui effleure, entaille, s’enfonce.
    Photo: Nicola-Frank Vachon Souhaitée, désirée, feinte ou exacerbée, la folie se manifeste chez ce Hamlet que livre Jean-Michel Déry avec le tranchant de la dague, la finesse de la lame qui effleure, entaille, s’enfonce.

    Hamlet

    Texte : Shakespeare. Traduction : Jean-Marc Dalpé. Mise en scène : Marie-Josée Bastien. Avec Lise Castonguay, Jean-Michel Déry, Gabriel Fournier, Israël Gamache, Pierre-Olivier Grondin, Simon Lepage, Jean-René Moisan, Jack Robitaille, Patric Saucier, Réjean Vallée, Alexandrine Warren. Une production du Théâtre La Bordée. À la Bordée jusqu’au 11 mai.

    Son père meurt. Sa mère se remarie avec son oncle. La nuit s’installe à demeure. La frontière entre le monde des morts et celui des vivants s’estompe. Deux mois se sont écoulés depuis le décès du roi, mais pour le prince Hamlet le temps s’est arrêté.

    Sur la scène de la Bordée, tout s’orchestre. Action, structure, déplacements savamment réglés répondent à une mécanique qui presse le temps vers son ultime resserrement. Convoitise et vengeance règnent, mais ce qui émerge de ce Hamlet, bellement traduit par Jean-Marc Dalpé et mis en scène par Marie-Josée Bastien, puise sa puissance d’évocation dans le lien au père. Merveilleusement spectral (Jack Robitaille), loquace et tendrement humain (Patric Saucier) ou finement perfide (Réjean Vallée), le père s’impose plus fortement que dans l’habituelle lecture de l’oeuvre shakespearienne. On baigne dans ce murmure qui sépare la lumière des ténèbres, la crédulité de la manigance, la raison de la démence.


    Tout s’exerce dans la noirceur assumée (costumes, éléments de décor) et le blanc évoque ce qui reste de vie : pan du vêtement de Gertrude (qu’interprète Lise Castonguay avec grâce et retenue), blancheur des chemises de ceux dont la vie s’achève, feuilles éparses, gâteau de noces - symbole manifeste de ce « plat qui se mange froid » - et fines fleurs que confectionne et distribue Ophélie (sublime Alexandrine Warren dans l’égarement et la scène où, fantomatique, elle assiste à sa propre mise en terre.) Les morts passées-présentes se comptent au nombre de chaussures abandonnées à l’avant-scène ou empilées sur les tablettes qui se balancent au-dessus du plateau. Simon Lepage et Pierre-Olivier Grondin forment un délicieux duo dans la scène écrite et dirigée par Hamlet. Discrets, l’Horatio d’Israël Gamache et les lumières de Soyono Nishikawa sont en quelque sorte les lucarnes de l’âme. La voix et la prestance de Gabriel Fournier servent au mieux Cornelius et, si Jean-René Moisan possède la stature et l’émotion nécessaires à Laertes, par moments, certaines finales de ses répliques se perdent.


    Souhaitée, désirée, feinte ou exacerbée, la folie se manifeste chez ce Hamlet que livre Jean-Michel Déry avec le tranchant de la dague, la finesse de la lame qui effleure, entaille, s’enfonce. Porteurs de nos fantômes, nous repartons avec la conviction que seul l’amour permet au chagrin, cette « mer sept fois plus salée que l’autre mer », de trouver consolation. Ce Hamlet convie à « être » cent fois plutôt qu’une.

     

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