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    Théâtre - Semblance et vraisemblance

    26 mars 2013 |Sylvie Nicolas | Théâtre

    Semblance

    Texte, équipe de création, conception : Gabrielle Arsenault, Charles Étienne Beaulne, Mario Croteau, Dominique Giguère et Noémie O’Farrell. Mise en scène : Jean-Philippe Joubert. Une production de Nuages en pantalon et Théâtre Argentique. Au Périscope jusqu’au 7 avril.

    Hamlet peut ranger son crâne. À l’heure du virtuel et de la vie sur la Toile en temps réel, il n’est plus question de « ne pas être ». On naît et renaît à répétition, dans la duplication de soi, son prolongement, sa bifurcation dans l’écran de l’autre, son téléphone intelligent, sur scène, avant et pendant le spectacle. Présentation et représentation se confondent. Vraisemblance et semblance unissent leur destin. Le « Je pense donc je suis » de Descartes est mis en veille et cède le pas au « Je suis vu donc j’existe ». Nuages en pantalon transforme le propos en proposition.

    L’espace scénique déborde le plateau, envahit la régie, le hall du bâtiment, ses couloirs, ses escaliers intérieur et extérieur, et son toit. Les spectateurs font partie du décor et du réseau social. Nous sommes tous les personnages d’une même histoire aux multiples embranchements ; jeux d’éclairage et inserts musicaux se prêtent aux variations. Les murs se déplacent, le quatrième est résolument aboli. Reste le jeu dans le jeu, sa mise en abyme, la délicate frontière entre jouer à ne pas jouer, transgresser le faux, adopter le ton du vrai pour livrer en toute sincérité une fausse histoire et, à l’inverse, poursuivre la quête du vrai en empruntant le sentier ludique du faux. C’est ici qu’être ou ne pas être comédien trouve son sens, que la démarche de l’équipe de création, sa distribution, la mise en scène de Joubert fusionnent.


    Tout procède (comme dans le Web) par fragments, et les références ne sont plus historiques ou littéraires, mais promotionnelles, racoleuses et actuelles. Le tragique n’est pas évacué; solitude des coeurs, recette du bonheur, pratique artistique, désir de l’autre se profilent avec intelligence. La scène de l’habillement du disparu, celle où il dévoile à sa veuve ce que sera son avenir, et la présence de l’aveugle qui devient les yeux du photographe confèrent à la pièce intimité et profondeur. Semblance se poursuit hors lieu. Son projet a son tumblr, ses acteurs-personnages, leur page personnelle ou leur blogue, les astuces amoureuses sous forme de capsules sont accessibles dans Internet.


    La critique trouve son obsolescence, et le rendez-vous théâtral se transforme en événement sympathique. Guy Debord l’avait pressenti : « Le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images. »

     

    Collaboratrice













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