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Le Québec envahit la Champagne

Une marraine habitant Trois-Rivières et sept compagnies d’ici marquent les 15 ans de présence québécoise à Méli’Môme

23 mars 2013 | Michel Bélair | Théâtre
Avant Reims, Dubé du bout du Bic sera à l’affiche ce dimanche au théâtre Outremont.
Photo : Michel Pinault Avant Reims, Dubé du bout du Bic sera à l’affiche ce dimanche au théâtre Outremont.

Il doit y avoir au moins 200 festivals de théâtre jeunes publics en France et quelques dizaines d’autres encore à travers l’Europe. Comme jadis les caravanes qui empruntaient la route de la soie, les compagnies québécoises roulent sur ce circuit depuis longtemps ; certaines d’entre elles, comme Les Deux Mondes d’abord puis Les Sages fous maintenant, continuent même à jouer beaucoup plus à l’étranger qu’ici.


Méli’Môme, le festival orchestré par Joël Simon et sa petite équipe à Reims, est une des étapes majeures du circuit depuis déjà une bonne quinzaine d’années. Du Carrousel à Projet MÛ en passant par La Pire Espèce, Les Confettis, Le Clou, Bouches décousues, Cas public, Mathieu, François et les autres, Les Petites Âmes, Les Incomplètes, La Tortue noire et bien d’autres encore… la crème du théâtre jeunes publics québécois a déjà fait escale à Méli’Môme.


Mais il n’y a pas que le nombre imposant de productions qui entre en jeu : il faut bien constater qu’il se passe quelque chose de spécial entre le festival et le milieu jeunes publics québécois. Cette année, par exemple, sept productions d’ici y prennent l’affiche. Et pour la première fois, la marraine de l’événement, Djemila Benhabib, est Québécoise.

 

Une stratégie payante


Comment décrire ce lien très spécial ? En parlant d’abord de complicité. Claire, évidente, la complicité. Tellement qu’il serait trop long de faire la liste des auteurs québécois qui sont passés par Reims depuis une quinzaine d’années. Pour lire leur texte dans des familles - une des « spécialités » développées par l’équipe - ou dans des lycées et bien sûr pour les partager avec les publics du festival. Plusieurs sont aussi venus en stage entre deux éditions de Méli’Môme pour travailler à des projets d’écriture en tous genres. La stratégie semble avoir porté ses fruits puisque, au fil des années, les collaborations en tous genres se sont multipliées entre le Québec et le festival.


On a ainsi vu un metteur en scène français chevronné comme Christian Duchange proposer il y a quelques années au festival une version décapante de L’Ogrelet de Suzanne Lebeau. De même, le Vipérine de Pascal Brullemans, une des productions québécoises à l’affiche du festival cette année, a été écrit à Reims lors d’un stage il y a trois ans - j’ai moi-même assisté à sa lecture dans une classe de lycée l’année suivante. Brullemans a aussi participé à l’écriture d’Au fond du bois dormant - un spectacle de Céline Schnepf dont je vous ai parlé depuis Questembert en Bretagne l’automne dernier et qui sera présenté au festival - et de Monstres - avec Corinne Méric cette fois - qui roule encore à travers la France après avoir été créé à Reims l’an dernier.


Et ça ne s’arrête pas là ! Le dramaturge Jean-Rock Gaudreault, qui propose cette année Le plus court chemin entre l’école et la maison, a laissé une empreinte durable à Méli’Môme avec son provocant Mathieu trop court, François trop long ; comme Francis Monty, du Théâtre de la Pire Espèce, il est venu en stage à Reims à plusieurs reprises. Tous deux ont été fort actifs dans la capitale du champagne : ils ont écrit là-bas et lu leurs textes un peu partout. Monty a également donné des ateliers sur le théâtre d’objets dont on parle encore dans les coulisses du festival. Il sera lui aussi de l’édition 2013 avec Le petit bonhomme en papier carbone, une production dans laquelle Méli’Môme s’est engagée financièrement et qui a connu un succès remarquable lors des récents Coups de théâtre à Montréal. Monty annonçait par ailleurs il y a quelques mois à peine qu’il travaille à une coproduction avec le très français Bob Théâtre, qui devrait voir le jour l’an prochain.


Mais il y a surtout que, de la même façon que Méli’Môme fut la porte d’entrée du théâtre pour ados en France en osant programmer les spectacles du Clou et de La Pire Espèce, le festival a permis l’éclosion du théâtre pour bébés au Québec grâce au lien étroit qu’il a entretenu pendant cinq ans avec le festival Petits bonheurs.


Comment expliquer tout ce bouillonnement ?

 

Un pont


Au bout du fil, Joël Simon, le patron de Méli’Môme, est un peu embêté. Fier, mais embêté tout de même. Il avoue rapidement ne pas avoir de réponse à la question, mais ajoute qu’il est « fasciné par le Québec depuis l’adolescence » ; il parle volontiers de complicité et même de « liens familiaux » entre son festival et le Québec. « Cela tient d’abord à des liens concrets avec des auteurs ; nous entretenons ces liens avec les créateurs parce qu’il surgit toujours d’imprévisibles petits miracles de ces complicités tissées à travers le temps. »


Il dira aussi que, oui, les compagnies québécoises savent « traiter simplement des thèmes lourds et aborder clairement des sujets délicats »… laissant entendre qu’on n’y arrive peut-être pas encore tout à fait en France, ou du moins pas de façon aussi directe. Mais surtout que « nous partageons une langue en commun même si nous vivons dans deux univers culturels complètement différents, vous comme Américains du Nord et nous comme Européens », sous-entendant que c’est probablement ce qui fait la richesse du contact…


La marraine de la cuvée 2013 de Méli’Môme, l’écrivaine Djemila Benhabib, qui a une fille de sept ans, partage un point de vue similaire. Comme Joël Simon et son équipe, elle aime « l’idée de pont entre le Québec et la France […]. J’aime parler du Québec. D’ailleurs, je ne sais en parler qu’avec passion. C’est ce que je compte faire, tout au long du festival, entourée de nos artistes. Nous allons aller à la rencontre des jeunes et partager des activités ensemble. Bien entendu, avec mon nom et mon accent, les enfants vont probablement aussi m’associer à une autre région du monde qu’ils connaissent bien, à savoir le Maghreb… J’anticipe un peu leurs réactions. Belle entrée en matière pour aborder le sujet de l’exil, l’un des thèmes du festival, ainsi que plein d’autres thèmes connexes, comme l’identité par exemple et l’appartenance à une nation. »


Elle souligne aussi que, pour elle, « la culture est essentielle dans la construction de l’identité » et qu’elle a hâte de voir comment cela peut se traduire chez les tout-petits durant le festival. La marraine de Méli’Môme affirme avec force, dans son oeuvre comme dans la vraie vie, qu’il est possible d’être de plusieurs girons culturels sans que ceux-ci entrent en contradiction les uns avec les autres. « De ce rendez-vous, conclut-elle, naîtra probablement quelque chose. Je ne sais quoi. Pour le moment, je me laisse seulement porter par le bonheur de cette rencontre. »


On vous le dit depuis longtemps : le théâtre jeunes publics mène à tout…


 

Collaborateur

***

La couleur québécoise du festival


Lancée officiellement le vendredi 22 mars, l’édition 2013 de Méli’Môme proposera 23 spectacles entre le 24 mars et le 8 avril dans près d’une dizaine de salles à travers la ville de Reims. Près du tiers donc des productions à l’affiche cette année sont québécoises. Ce sont:

Le petit bonhomme en papier carbone de Francis Monty, de La Pire Espèce ;
Vipérine de Pascal Brullemans, de Projet MÛ ;
Le plus court chemin entre l’école et la maison de Jean-Rock Gaudreault, de Cie Mathieu, François et les autres ;
Kiwi de Daniel Danis, de La Tortue noire ;
Pomme des Petites Âmes/ Cie Garin Troussebœuf ;
Les ours dorment enfin de Geneviève Billette, de l’Eldorado Théâtre ;
Dubé du bout du Bic de Jasmine Dubé, de Bouches décousues

Avant Reims, Dubé du bout du Bic sera à l’affiche ce dimanche au théâtre Outremont. Kiwi de Daniel Danis aborde la difficile question de l’exclusion chez les adolescents. Le petit bonhomme en papier carbone de Francis Monty
 
 
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