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    Théâtre - Saint-Exupéry ne répond plus

    18 mars 2013 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Le bras canadien et autres vanités sort le Petit Prince de sa naïveté dans une fable libidino-apocalyptique.
    Photo: Gabriel Talbot-Lachance Le bras canadien et autres vanités sort le Petit Prince de sa naïveté dans une fable libidino-apocalyptique.

    Le bras canadien et autres vanités

    Texte de Jean-Philippe Lehoux, mise en scène Fabien Cloutier, avec : Marjorie Audet, Emmanuel Bédard, Hubert Bolduc, Joëlle Bourdon, Jean-Michel Girouard, Valérie Laroche, présentée par Des miettes dans la caboche chez Premier Acte jusqu’au 30 mars 2013.

    Prisonnier de son astéroïde, le Petit Prince sort de son orbite de naïveté. Il est désormais ivre, homosexuel, et condamné à servir de point de chute au tourisme intergalactique. Pour célébrer son millionième visiteur, il opte pour la domination fétichiste et transforme son troupeau de banlieusards en mal de voyage organisé en explorateurs sadomasos attardés.

    Le bras canadien et autres vanités se présente comme une fable libidino-apocalyptique où se confondent mythologie et mythomanie, tortionnaires et tourtières du Lac-Saint-Jean, herbivores et Herby Moreau, dérive des continents et d’incontinents.


    Décadent à souhait, le décor que signe Dominique Giguère fait de l’astéroïde B612 un fatras de fils électriques, de détritus, de mobilier délabré, agrémenté de poteaux de « danse à dix », de chaînes où pendent menottes, colliers et autres instruments de souffrance et d’une aire « Big Brother » aménagée en poste de contrôle.


    Atlas qui portait la Terre sur son dos s’en déleste. Les plaques tectoniques cèdent. Muraille de Chine, Taj Mahal, mur des Lamentations, tour du CN (Trois-Rivières également) se déplacent au gré des grands bouleversements. Le Petit Prince est furieux. Sa rose s’est métamorphosée en oeillet de plastique, et le bras canadien est devenu une femme qui frotte l’entrejambe d’Atlas et lui administre la branlette du siècle.


    Nul besoin d’être un réverbère pour saisir l’axe dramaturgique qui anime Jean-Philippe Lehoux. La planète dérive. L’abrutissement domine et les abrutis du monde entier forment une chaîne dévoreuse d’humanité où chacun bouffe du voisin, de l’émotion sous vide, et rote du divertissement.


    Riche au départ, l’idée de faire du Petit Prince un rejeton et un témoin de nos déroutes pique du nez. L’élan initial, plutôt que de libérer les grandes eaux de l’ironie et de l’absurde, tourne au ragoût de mammouth. Les comédiens s’exécutent, mais ils se retrouvent encagés dans des jeux de rôles stériles où le ludique s’embourbe dans le lubrique. De grands pans de texte se perdent dans la nanosphère, les pelures de sens s’éparpillent, et l’intention réelle de débusquer nos irresponsables ratées terrestres rampe sous les baobabs.


    L’usage des micros est à préserver, les extraits chantés ont leur place, et la projection finale sur la peau du Prince nous redonne cet « essentiel invisible pour les yeux ». Le projet n’est pas vain, mais il reste au sol. Son parcours et sa facture méritent d’être revus.


     

    Collaboratrice













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