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Théâtre - Entre ciel et terre

12 mars 2013 | Marie Labrecque | Théâtre

Des couteaux dans les poules

Texte : David Harrower. Traduction : Jérôme Hankins. Mise en scène : Catherine Vidal. Au théâtre Prospero, jusqu’au 23 mars.

Au premier degré, la fable elliptique de David Harrower aurait pu s’intituler « Le meunier, le laboureur et sa femme ». Mais, plutôt qu’un banal triangle amoureux, Des couteaux dans les poules est le récit d’une transformation, grâce à l’accès à la connaissance. Un trésor qui modifie notre perception du monde - et qui est donc dangereusement puissant.

On verra cette jeune femme en quête métaphysique, qui désire transcender son existence en allant au-delà de la surface visible du monde, évoluer au contact d’un meunier lettré. Elle passera d’un mari à un amant, de la frustration d’une langue brute, insuffisante pour nommer le monde, et ignorant le principe même de l’analogie, à l’écriture. Mais surtout, elle se trouvera d’abord elle-même.


La force de la pièce tient aussi à sa dimension symbolique. La roue du moulin qui tourne ici pourrait bien aussi être celle du progrès qui propulse l’humanité ; ce passage d’un monde dominé par la nature et la superstition (où l’instrument d’écriture est le « bâton du mal ») à notre civilisation. Sur scène, le contraste est nettement marqué : une trappe qui s’ouvre dans le plancher mène aux écuries, domaine souterrain - interdit à la femme - du laboureur terre à terre, attaché à ses chevaux. Tandis que c’est dans les hauteurs, perché sur un escabeau, qu’on représente le moulin, lieu de transformation de la matière brute, antre de l’homme cultivé.


Pour camper cette fable qui n’appartient réellement à aucune époque (l’apparition d’un stylo dans cet univers archaïque le dit assez), la mise en scène de Catherine Vidal s’enracine dans la terre, qui meuble le plancher du théâtre, sans négliger la dimension onirique. L’ombre recouvre cet univers à l’ambiance ténébreuse, aux sonorités caverneuses, où les éclairages, sobres mais très évocateurs, d’Alexandre Pilon-Guay découpent les espaces.


Si je ne suis pas certaine que le ton de cette pièce si singulière était encore tout à fait au point lors de la première, le spectacle s’appuie sur des interprètes bien choisis. Stéphane Jacques oppose une présence carrée à la composition plus cérébrale de Jean-François Casabonne. Surtout, Isabelle Roy est vibrante dans la peau de ce personnage que la découverte du savoir et des mots libère.


En même temps, ce texte à l’aura de mystère, qui refuse de livrer toutes ses clés, semble marquer les limites de la parole pour déchiffrer le monde. Tout ne s’explique pas ici, et c’est tant mieux.


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