Théâtre thérapeutique?
(Dévoilé)
De Marc-André Bourgault.
Une production de Les Défricheurs Théâtre.
Au théâtre La Chapelle jusqu’au 16 mars.
Du théâtre thérapeutique, donc, pour le principal intéressé (qui a réellement été abusé par son père pendant l’enfance), mais pas pour les spectateurs, qui n’ont jamais accès à la moindre parcelle de véritable drame, ni à une quelconque réflexion sur l’abus dont a été victime le jeune homme.
Il y a dans ce spectacle une grande quantité de pistes qui auraient pu mener à un intéressant spectacle sur la mémoire du corps, par exemple, ou sur les chemins insondables que prend le cerveau humain pour composer avec des souvenirs douloureux, ou encore sur la déroute du système de santé devant de tels cas. Mais toutes sont embryonnaires, échevelées, insuffisantes, de sorte que ce spectacle rempli de bonnes intentions n’agite que du vide.
L’esthétique fragmentaire privilégiée par cette pièce en cinq tableaux a certainement pour but d’évoquer le déni dans lequel le jeune homme a plongé après les troublants événements de sa jeunesse. Comme s’il avait tout oublié, les morceaux épars de son histoire lui reviennent par bribes : on le voit à 13 ans, couvé par sa mère ou soigné sommairement par des médecins qui ne comprennent pas d’où vient sa soudaine paralysie des jambes, puis on l’aperçoit à 28 ans dans le bureau d’une thérapeute excentrique (dont les méthodes s’inspirent autant de la méditation que de la cartomancie), puis, jeune adulte, en train de libérer son corps dans une scène de danse intempestive. Aussi puissante soit dans certains cas cette structure éclatée, elle peine ici à révéler quoi que ce soit d’autre qu’une série de vignettes anecdotiques. Il manque des images fortes, des liens souterrains entre les différents tableaux, des éléments de sens auxquels se raccrocher.
Autre choix discutable : l’hyperréalisme du traitement de chacune des scénettes, censé évoquer, je suppose, le vide ressenti par le personnage dans un monde qui ne sait pas composer avec lui. Mais une telle atmosphère ne se crée pas toute seule : les comédiens (par ailleurs excellents) semblent laissés à eux-mêmes sur une scène vide, avec un scénario vide.
Tant mieux si ce processus de création a servi à l’auteur à se libérer de ses propres démons. Mais c’est une démarche de croissance personnelle. Il n’y a pas là grand théâtre à se mettre sous la dent.
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Collaborateur








