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    Théâtre - Abattre le mur

    2 mars 2013 |Marie Labrecque | Théâtre
    Maxime Denommée et Léane Labrèche-Dor dans une scène des Muses orphelines, de Michel Marc Bouchard
    Photo: François Brunelle Maxime Denommée et Léane Labrèche-Dor dans une scène des Muses orphelines, de Michel Marc Bouchard

    Les Muses orphelines

    Texte : Michel Marc Bouchard. Mise en scène : Martine Beaulne. Au théâtre Jean- Duceppe, jusqu’au 30 mars.

    Hasards de l’affectation journalistique ou sujet dans l’air du temps ? Toujours est-il qu’un même thème semble lier les trois pièces - fort différentes sinon - dont j’ai traité depuis une semaine : notre rapport au passé. Il est amusant, par ailleurs, de noter que là où la Mommy d’Olivier Choinière est un monstre érigé en symbole du conservatisme, dans Les muses orphelines la figure maternelle fantasmée incarne au contraire une libération potentielle…

    Au-delà de son portrait d’une famille dysfonctionnelle composée d’êtres inadaptés, la populaire pièce de Michel Marc Bouchard présente en effet l’image éloquente d’un Québec emmuré dans ses tabous, milieu étouffant, fermé à l’étranger, ployant sous les conventions sociales et religieuses. Une société rêvant d’ailleurs, qui s’apprête à s’émanciper, en 1965. À travers la cérémonie de résurrection qu’orchestre la benjamine du clan, afin d’exorciser les fantômes de l’histoire familiale, le récit suggère que l’abandon d’une mère (patrie ?) peut se surmonter. Mais qu’il faut d’abord regarder le passé traumatique dans toute la clarté de la vérité avant de pouvoir tourner la page…


    La belle pièce, qui semble condenser plusieurs des grands thèmes et leitmotivs de Michel Marc Bouchard, dose très adroitement drame et humour, psychologie et charge symbolique. La production dirigée par Martine Beaulne en souligne clairement la métaphore sociale. Dans l’impressionnant décor de Richard Lacroix, un grand mur domine l’espace scénique dépouillé. Cloison oppressante qui pèse sur la famille et qui va s’ouvrir en deux lors de scènes-clés. Un dispositif qui présente peut-être, par contre, l’inconvénient d’écraser un peu ce qui reste avant tout une oeuvre intimiste.


    Car il faut admettre que ce beau spectacle, sage et lisse, est resté un peu en deçà, pour moi, de la charge émotive qu’avait suscitée la reprise montée par René Richard Cyr en 1994. La production réunit pourtant une forte distribution. Macha Limonchik donne une force convaincante à l’aînée, gardienne rigide des conventions. Maxime Dénommée campe avec grande sensibilité le fils qui préfère ultimement les atours séduisants de l’imagination à une réalité moins grandiose. La Martine de Nathalie Mallette est juste, même si elle manque peut-être un peu de dureté de façade. Et dans le rôle à la fois périlleux et « payant » d’Isabelle, la jeune Léane Labrèche-Dor s’en tire avec les honneurs, composant avec une rigueur soutenue un personnage à la fois attachant et cinglant.


    Alors, quoi ? Parions que les spectateurs qui arrivent vierges devant la pièce, sans le lourd bagage du passé, pourront l’apprécier encore davantage…


    Collaboratrice













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