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    Théâtre - Résolument MerZ

    22 février 2013 |Sylvie Nicolas | Théâtre

    MerZsonate

    Texte : Kurt Schwitters. Collage et mise en scène : Philippe Savard. Une production du Club pour l’amélioration de la culture. À Premier Acte jusqu’au 2 mars.

    Septième manifestation du Club pour l’amélioration de la culture (CAC), MerZsonate souffle sur le plateau de Premier Acte une suite d’ondes « merziennes » singulières et enlevantes. Dans sa très symphonique orchestration du langage, sa célébration du mouvement, de la rythmique, du choeur syllabique et des acrobaties vocales, le joyeux CAC fait de l’exploration langagière du plasticien et poète allemand Kurt Schwitters une très convaincante liturgie du non-sens.


    Père du mouvement Merz, Schwitters est incontestablement cousin de Dada, du surréalisme, compagnon d’âme pataphysique de Faustroll (Jarry), et les collages et assemblages de cette MerZsonate le sacrent frère de « sens » du Théâtre de chambre de Tardieu et des Exercices de conversation et de diction anglaise pour étudiants américains d’Ionesco.


    Les premiers chuchotements dans le noir, où l’appel des nombres fait surgir la lumière, n’ont rien d’innocent. Tout ce qui s’installe trouve sa lueur, celle du texte autant que celle qui anime les comédiens. Ils sont, à bien des égards, incandescents, vifs, étonnants, autant dans la mimique, le cri, la rythmique, les jeux de miroir, de bascule, la posture, les incarnations animalières que dans les frôlements, les contorsions, les duos, les choeurs phonétiques et onomatopéiques.


    Robin (l’Anglais) se dévoile riche, nuancé, follement vif, la gémellité complice de Lespérance et Bolduc s’avère plus que réjouissante, et si on salue la qualité de la prestation de Marc Auger Gosselin en paysan du Midi, on doit affirmer que Jean-Michel Girouard campe un mémorable Allemand vétérinaire-poète, furieusement accompli dans le segment du poème pour aphasique. La veuve de Bertrand trouvera sa pleine expansion dès que l’accent sera mieux cerné, et il suffit d’un peu plus de projection pour que la Anna de Jean fasse jaillir l’étincelle du personnage.


    L’intelligence de la scénographie, la perfection des costumes (bravo !), la finesse des éclairages méritent une mention. Philippe Savard signe une mise en scène qui fait écho au grand Buissonneau et transforme ce magnifique bestiaire textuel et sonore en une illustration allégorique de notre très contemporain zoo humain.


    Au moment où Benoît XVI se retire, le CAC offre un Mertz VII qui accouche d’un culte qui ne comptera plus ses fidèles. Ceux qui ne verront pas MerZsonate se frapperont la poitrine en répétant : je m’accuse mon MerZ d’avoir péché par abstinence.


    Premier Acte, cette année, confirme que la relève a des dents, du souffle et du talent.


     

    Collaboratrice













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