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    En famille comme en société

    Martine Beaulne se mesure aux Muses orphelines de Michel Marc Bouchard

    16 février 2013 |Christian Saint-Pierre | Théâtre
    Au cours des 20 dernières années, Martine Beaulne a mis en scène les auteurs les plus divers, de Molière à Mishima en passant par Shakespeare et Lorca.
    Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Au cours des 20 dernières années, Martine Beaulne a mis en scène les auteurs les plus divers, de Molière à Mishima en passant par Shakespeare et Lorca.

    Les muses orphelines

    Texte : Michel Marc Bouchard.
    Mise en scène : Martine Beaulne.
    Au théâtre Jean-Duceppe du 20 février au 30 mars 2013 et en tournée à travers le Québec du 5 avril au 18 mai 2013.

    Au cours des 20 dernières années, parallèlement à une carrière de professeure à l’École supérieure de théâtre de l’UQAM, Martine Beaulne a mis en scène les auteurs les plus divers, de Molière à Mishima en passant par Shakespeare et Lorca. Sur sa feuille de route figurent assez peu d’oeuvres contemporaines et encore moins de textes québécois. Elle s’apprête pourtant ces jours-ci à mettre en scène pour la première fois une pièce de Michel Marc Bouchard, et non la moindre : Les muses orphelines.

    « On devait le faire il y a deux ans, explique la metteure en scène. Chez Duceppe, ils voulaient fêter la 100e production de la pièce. Mais, pour des raisons d’horaire, je ne pouvais pas le faire à ce moment-là. Ils ont accepté d’attendre que je sois disponible, et là on va pouvoir célébrer la 120e production ! C’est un privilège pour moi de monter ce texte qui n’a pas pris une ride, qui n’a rien perdu de sa pertinence. C’est comme quand on m’a demandé de me mesurer à Albertine, en cinq temps de Michel Tremblay. Mettre en scène une pièce qui appartient au répertoire québécois, c’est nécessairement une expérience chargée de souvenirs, de références et d’émotions, mais c’est aussi étonnant de voir à quel point le texte trouve ses résonances au moment où tu le lis. Je ne peux pas, en me l’appropriant, en construisant ma vision, faire fi du monde dans lequel je vis, de la société québécoise d’aujourd’hui. Je dois avouer que ça me donne une formidable liberté comme metteure en scène ! »


    Un classique


    Rappelons que Les muses orphelines ont été créées par André Brassard en 1988, puis mises en scène par Gill Champagne à Québec en 1990 et par René Richard Cyr, avec beaucoup de succès, en 1994. En 2000, Robert Favreau en faisait un long-métrage. Pour Martine Beaulne, s’attaquer à ce « classique » de notre théâtre, un drame familial qui se déroule dans le Québec rural du début des années 60, constitue donc une étape importante. « J’ai fait beaucoup de détours avant d’en arriver à monter du théâtre québécois, lance celle qui a passé une bonne partie des années 80 à perfectionner son art en Italie, au Japon et au Danemark. En ce moment, j’ai le sentiment d’être enfin revenue chez nous, d’être dans un rapport plus identitaire aux textes que je choisis. J’avais peut-être jusqu’à tout récemment quelque chose comme une crainte, une hésitation à me replonger dans ma propre société, à l’analyser, à la fouiller, à m’engager dans des zones qui font mal. »


    Isabelle Tanguay (Léane Labrèche-Dor), jeune déficiente intellectuelle, réunit son frère (Maxime Denommée) et ses deux soeurs (Macha Limonchik et Nathalie Mallette) à la maison familiale en leur faisant croire que leur mère, qui a quitté le nid il y a de nombreuses années, a annoncé son retour. Ce sera l’occasion pour les membres du clan Tanguay de se vider le coeur et de faire un tant soit peu la paix avec le passé. Bien plus qu’à un drame, c’est à une tragédie qu’on a affaire. « J’avais 13 ans en 1965, précise Martine Beaulne. Mes souvenirs du Québec de cette époque sont gris, au propre comme au figuré. Je revois ma mère mener mille et un combats. C’est une période qu’on aimerait mieux oublier, mais qu’il est en même temps crucial de garder en mémoire, ne serait-ce que pour s’assurer de ne pas y revenir. Heureusement qu’il y a eu la Révolution tranquille pour nous sortir de cet obscurantisme. Ça demandait tellement de courage de vivre à cette époque. Imaginez quand on s’écartait ne serait-ce qu’un tout petit peu de la norme et des conventions. »

     

    Chemin parcouru


    Avec ce spectacle, Martine Beaulne souhaite apporter de l’espoir, démontrer qu’il est possible de développer une certaine sérénité devant le deuil, l’abandon et le traumatisme, qu’il soit familial ou social. « La pièce donne à voir le Québec dans toute sa mutation, elle permet de mesurer le chemin parcouru. Les drames individuels des personnages ont tellement de résonances collectives. À une époque comme la nôtre, où le conservatisme ne cesse de gagner du terrain ici et là, où les valeurs du passé sont à nouveau portées aux nues, où il y a sérieusement lieu de s’inquiéter, la pièce redit toute l’importance de ne pas retourner dans cette misère intellectuelle et émotive, ce culte du mensonge et cette incertitude identitaire d’où l’on vient. »

     
     
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