Théâtre - Fleuve Amour et tendresse

Le dispositif scénique se prête à tous les possibles artistiques et poétiques pour la pièce Le voyage de Tchekhov à Sakhaline.
Photo: Gabriel Talbot Lachance Le dispositif scénique se prête à tous les possibles artistiques et poétiques pour la pièce Le voyage de Tchekhov à Sakhaline.

À l’heure de la précipitation, du courriel vite fait et expédié, de la vie virtuelle ou de celle mise en ligne en temps réel, voici que le Théâtre Ad Lux nous propose de céder à la lenteur et au recueillement. Le voyage de Tchekhov à Sakhaline marie l’art de la marionnette et son rituel aux nouvelles technologies, en préservant le fragile et précieux souffle de l’intimité.


Nous sommes en 1880, au moment où Anton Tchekhov quitte Moscou et entreprend de franchir les 6000 kilomètres qui le séparent de l’île de Sakhaline au large de la Sibérie, un lieu maudit voué au bagne et à la déportation. Entrepris sans mandat officiel, ce périple de deux mois et demi que s’impose Tchekhov se transformera en une sorte de quête initiatique qui fera de ses notes et de sa correspondance un objet à la fois littéraire et scientifique.


Voiles suspendus, capteurs de lumière et de projections particulièrement soignées, castelet électronique (une merveille) dont la robotique raffinée réinvente les espaces et le paysage dans ses variantes topographiques, le dispositif scénique se prête à tous les possibles artistiques et poétiques. La beauté de cette production réside d’ailleurs dans l’alliance respectueuse du geste, du silence, de la trame sonore, de la mécanique et de la tradition. Le texte que signe Denyse Noreau se situe dans cette délicate avancée : nous redonner en toute simplicité un segment marquant de la vie de Tchekhov sans pour autant nous entraîner vers une conclusion fulgurante.


L’animation du castelet électronique, la conception vidéo/ lumière, le graphisme et la voix de Tchekhov relèvent de Keven Dubois. Une alliance qui nécessite complicité, précision, et un travail d’interprétation d’une sobriété qui relève du soliloque intérieur et nous redonne, entre mélancolie, état de santé chancelant et lassitude, l’état d’esprit du personnage. Élyse Garon, Nina Lauren et Geneviève Thibault forment ici l’équipe de manipulation et assurent les segments dialogués. Sous la direction de Puma Freytag, elles oeuvrent avec finesse, minutie et savoir-faire.


Si le tableau japonais, d’un esthétisme à couper le souffle, soulève la question de la pertinence, on s’en remet volontiers à ce commentaire de Tchekhov qui, face aux rives du fleuve Amour, évoque l’ultime souhait de rester immobile et de « simplement rêver ».


Une proposition « amoureuse » à l’image du nom du fleuve Amour et de ce qui animait Tchekhov, l’homme, le médecin et l’écrivain.


 

Collaboratrice

2 commentaires
  • Gordon Craig - Abonné 8 février 2013 09 h 33

    Le Castelet électronique

    Il ne faudrait pas oublier dans cette incroyable aventure le jeune concepteur Jean-Philippe Jobin, ingénieur en robotique qui a réalisé cet ouvrage dans le cadre de sa maîtrise à l'Universite Laval. En plus d'être un scientifique, c'est aussi un artiste de cirque qui a su comprendre tout le potentiel d'une collaboration entre hommes de science et les artistes chercheurs du Lantiss. L'équipe artistique professionel de ce spectacle sont tous des diplômés du programme de théâtre de l'Universté Laval où le théâtre de marionnettes y a une place privilégié qui, on l'espère, pourra se perpétuer malgré la morosité budgétaire qui oblige à des coupures, en particulier dans des secteurs "non- rentable" comme les arts de la scène...