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    Théâtre - Britannicus : péril en la demeure

    28 janvier 2013 |Sylvie Nicolas | Théâtre

    Britannicus

    Texte : Racine. Mise en scène : Jean-Philippe Joubert. Avec : Olivier Normand, André Robillard, Érika Gagnon, Laurie-Ève Gagnon, Jean-Sébastien Ouellet, Jacques Leblanc, Chantal Dupuis. Une production du théâtre La Bordée. À La Bordée jusqu’au 16 février.

    Quand on détient un immense pouvoir et qu’on règne sur la cité comme sur le monde, où donc en mesurer l’extension sinon entre les murs de sa propre demeure ? C’est dans cet esprit que Néron, maître des lieux, viendra ravir ce qui lui reste à conquérir : l’amour qui unit Junie à son demi-frère Britannicus.

    Sous la direction de Jean-Philippe Joubert, ce classique de Racine se déroule dans un espace moderne, épuré, sous l’oeil de la caméra qui veille en temps réel sur la rue Saint-Joseph et, dans le déroulement de la pièce, sur les allées et venues des uns et des autres, autant que sur Junie, captive de sa chambre.


    L’usage de la caméra ne se limite pas à la seule vigile. Elle est, dans la vision de Joubert, une façon de projeter sur les murs l’ampleur de la détresse de Junie (Laurie-Ève Gagnon), l’intimité qui la lie à Britannicus (André Robillard), autant que l’emprise qu’exerce Néron (Olivier Normand) sur la cité et sur les siens. C’est dans le même esprit que s’orchestrent les éclairages qui nous renvoient sur les murs l’ombre démesurée d’Agrippine (Érika Gagnon).


    Une fois toute résistance abolie, les vers raciniens émergent et, avec eux, la richesse de la langue, des sens et, hormis quelques accrocs et des phrasés un peu chantonnés en ouverture, son inestimable beauté dans le rendu sur scène.


    Solide distribution


    Olivier Normand possède le naturel des acteurs nés pour les classiques, et la désarmante aisance qui confère au tyrannique Néron sa toute puissante modernité. L’Agrippine d’Érika Gagnon atteint sa pleine puissance dans ces scènes où sa colère est retenue, mesurée, presque chuchotée. C’est un Burrhus parfaitement maîtrisé que celui de Jean-Sébastien Ouellet et l’on se réjouit de retrouver Jacques Leblanc endossant le rôle d’un Narcisse louvoyant, ambitieux, tel qu’on l’imagine, responsable du dénouement tragique.


    Si on s’explique mal la danse de Junie sous l’oeil de la caméra, on doit saluer la troublante ferveur de l’interprétation que livre Laurie-Ève Gagnon et reconnaître qu’André Robillard (Britannicus) possède toutes les qualités pour le rôle, mais qu’il reste à trouver un équilibre entre le texte qu’il rend avec senti et ses postures physiques qui trahissent un certain inconfort. La très effacée Albine de Chantal Dupuis se révèle touchante, au final.


    Joubert signe une mise en scène actuelle et intéressante, mais pas aussi éblouissante que ce Charbonneau et le chef qui demeure à ce jour le sceau inaltérable de son talent.


    ***
     

    Collaboratrice













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